18 janvier 2006
L'Ange
« L’ange de
l’Éternel
campe
autour
de ceux
qui le
craignent,
Et il les
délivre. »
(Psaume 34, 7)
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17 janvier 2006
Troubadours et cathares
Troubadours et Cathares
Actes du colloque de Chancelade

Auteurs : Anne Brenon, Gwendoline Hancke
Éditions : L'Hydre
Collection : Domaine historique
ISBN : 2-913703-41-0
Format : broché, couv. Quadri
Troubadours et cathares... un couple qui a fait couler beaucoup d'encre et suscité bien des théories, certaines tout à fait fantaisistes. Mais au fond, la vraie question demeure celle-ci : parce que ces deux phénomènes historiques furent contemporains, furent-ils forcément liés d'un point de vue doctrinal ? Les Actes de ce colloque de Chancelade ont le mérite d'avoir réuni autour de ce problème les plus grands spécialistes du catharisme, des troubadours, enfin de la langue et de la société occitane médiévale... Tous abordent le sujet avec le sérieux qu'on leur connaît et le lecteur trouvera ici bon nombre de réponses aux nombreuses questions que soulève la coexistence historique du catharisme et de la culture des troubadours.
Colloque organisé par Novelum section périgorde de l'Institut d'Estudis Occitans.
Textes recueillis par Richard Bordes.
Débats enregistrés par Jean-Louis Gasc avec la participation de : Anne Brenon, josé Dupré, Gwendoline Hancke, Bernard Lesfalgues, Roland Poupin, Julien Roche, Jean Roux, Francesco Zambon.
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11 janvier 2006
Porte de la liberté
Il progressait en sagesse,
en stature et en grâce,
devant Dieu
et devant les hommes...

Luc 2, 40-52 :
40 Cependant l’enfant grandissait, se fortifiait et se remplissait de sagesse. Et la grâce de Dieu était sur lui.
41 Ses parents allaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque.
42 Quand il eut douze ans, comme ils y étaient montés suivant la coutume de la fête
43 et qu'à la fin des jours de fête ils s'en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s'en aperçoivent.
44 Pensant qu'il était avec leurs compagnons de route, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances.
45 Ne l'ayant pas trouvé, ils retournèrent à Jérusalem en le cherchant.
46 C'est au bout de trois jours qu'ils le retrouvèrent dans le temple, assis au milieu des maîtres, à les écouter et les interroger.
47 Tous ceux qui l'entendaient s'extasiaient sur l'intelligence de ses réponses.
48 En le voyant, ils furent frappés d'étonnement et sa mère lui dit: "Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous? Vois, ton père et moi, nous te cherchons tout angoissés."
49 Il leur dit: "Pourquoi donc me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas qu'il me faut être chez mon Père?"
50 Mais eux ne comprirent pas ce qu'il leur disait.
51 Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth; il leur était soumis; et sa mère retenait tous ces événements dans son cœur.
52 Jésus progressait en sagesse et en taille, et en faveur auprès de Dieu et auprès des hommes.
*
Jean 8, 12 : Jésus leur parla de nouveau et dit: Moi, je suis la lumière du monde; celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie.
*
C'est la Pâque. Le pèlerinage le plus important du judaïsme. On monte en masse à Jérusalem. On marche longtemps sur les routes poussiéreuses — depuis la Galilée, pour Marie et Joseph. On part en groupe, on se découvre en route.
Au retour de la fête, on a lié solidement connaissance. Comme une grande famille. Les enfants circulent d'un groupe à l'autre. Le voyage est long. On fait halte, on bivouaque tous ensemble.
Dans cette joyeuse cohue, Jésus, peuvent se dire ses parents, est quelque part avec ses copains, et comme eux, il est sous telle ou telle tente. Rien que de très normal. Puis on découvre qu’il n'est pas là du tout !
Pour que toutefois le lecteur ne se trompe pas sur ce qui se passe, Luc précise que Jésus « était soumis » à ses parents.
Mais Jésus pourtant est mûr désormais, douze ans, à peu près l'âge de la responsabilité devant Dieu, autour de laquelle l'histoire du judaïsme a forgé le rite de la bar-mitsva.
Dans la tradition biblique, dès les temps les plus anciens, les enfants au tournant par lequel ils deviennent jeunes adultes, sont déclarés responsables devant Dieu — responsables de ce qu'ils ont entendu jusque là. Responsabilité, c'est-à-dire capacité de répondre ; de répondre à, de répondre de — et notamment répondre de la parole reçue.
C'est là ce que le judaïsme appelle « bar-mitsva », ce qui signifie « enfant du commandement » — et que nous faisons correspondre approximativement, dans l’Église réformée, à ce qu’on appelle parfois, assez improprement d’ailleurs, « confirmation ».
La bar-mitsva dit que la circoncision, dans le judaïsme, requerra aussi la circoncision du cœur.
Comme dans l’Église réformée, où l’on a conservé du rite juif le baptême qui y accompagne la circoncision des non-juifs : et puisque les croyants d’origine non-juive sont autorisés en Actes 15 à ne pas être circoncis, on ne garde que le baptême. Cela dit, comme pour la circoncision qui ne présume pas de la grâce qui fait naître d’Esprit, le baptême n’empêche pas que Dieu seul peut susciter des enfants à Abraham, comme dit Jean Baptiste, ou, a fortiori, Dieu seul peut susciter des enfants de Dieu. Dans notre enfance, nos parents sont responsables de notre relation avec Dieu. Puis nous accédons au temps où nous-mêmes devenons seuls responsables devant lui. C'est le passage à l'âge de la majorité religieuse, le sens du rite de la bar-mitsva qui est derrière notre texte.
Jésus a douze ans dans notre épisode. C'est approximativement l'âge où l'on va devenir bar-mitsva. Jésus passera aussi par là. Déjà il se situe devant la parole de Dieu en présence des docteurs de la Loi étonnés.
Ses parents sont montés à Jérusalem pour la Pâque. Tout le début de l'Évangile de Luc les montre observant strictement la Tora. Depuis la visite de Marie au prêtre Zacharie, en passant par la circoncision de son fils et les rites de purification, jusqu'à cet épisode.
Scène ordinaire de la vie religieuse juive. Simplement ici Jésus, atteignant l’âge de la bar-mitsva, va exprimer dans tout son sens, ce qu'est devenir adulte devant Dieu, unique devant Dieu, par soi-même et non plus par ses parents.
Cela correspond à sa parole : « il faut que je m'occupe des affaires de mon Père » : ce qui est une leçon pour ses parents, et aussi pour nous-mêmes — et comme parents et comme enfants.
Dépouillé, comme unique devant Dieu. Jésus s'occupe des affaires de son Père.
Et c'est ce que Dieu nous demande aussi. Tous devons devenir adultes par rapport à ceux que nous recevons comme modèles.
Il s’agit de vivre dans la lumière, la lumière de la parole de Dieu que l’on a appris à écouter… Comme Jésus. Et pour nous autres, par lui. Jean 8, 12 : « Jésus leur parla de nouveau et dit: Moi, je suis la lumière du monde; celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. »
Comme Jésus et, pour nous, par lui. Puisque comme l’annonçait Jean 1, 9 & 12-13 :
Il est « la véritable lumière qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme.
[…] à tous ceux qui l’ont reçue, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom et qui sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu. »
C’est ce qui est être éduqué, « conduit hors de » — hors de l’enfance, et de l’enfance spirituelle, pour être devant Dieu.
Et en parallèle, comme parents, laisser être eux-mêmes, face au commandement qu'ils ont appris à connaître, tous ceux que nous tendons à maintenir dans notre dépendance, prolongeant leur enfance, j'ai parlé bien sûr de nos enfants naturels ; cela vaut aussi des enfants spirituels — et cela est vrai aussi concernant tout ce qui peut devenir une chaîne.
Ici, il faut commencer par rompre, symboliquement, d'avec ceux avec qui nous sommes liés, nos proches, nos parents — et aussi nos maîtres, et tout ce qu’on peut imaginer, jusqu’à nos biens et nos propres vies. Rupture sans laquelle il n'est qu'esclavage dans nos relations, et même dans la relation avec nous-mêmes.
Rupture d'avec tout ce qui nous fait exister à nos propres yeux. C'est qu'il n'est de vie à l'image du Christ, de vie en vérité, que sous le regard de Dieu. Et cela suppose, tôt ou tard, l'abandon de tout autre regard dont notre vie serait censée dépendre, pas seulement le regard des parents, mais ce que peut conférer un statut social, ou une position dans la société ou dans l’Église, dans nos assemblées. C’est une devise de la foi réformée : « coram Deo sola fide vivere » — vivre devant Dieu par la foi seule.
C'est de cela que Jésus montre l'exemple dans ce texte qui nous le présente au Temple à douze ans. Il vit dans sa chair cet exemple-là, et dévoile par la même occasion qui il est : le Fils de Dieu. Il est par nature ce que nous sommes tous appelés à devenir par adoption.
Ici les trois jours de sa disparition revêtent un second sens, annonçant sa résurrection : « proclamé Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts », selon les mots de Paul.
Comme Jésus nous en donne l'exemple, devenir enfant de Dieu, c'est-à-dire adulte en Christ, requiert la fin, la mort, de toute dépendance, y compris du regard d'autrui, dans la famille et hors de la famille, hors de l’Église et dans l’Église. C’est le départ de la libération par l’Évangile. Cela concerne aussi, comme les parents, les dirigeants spirituels —, se refusant à maintenir leurs enfants spirituels dans la dépendance, y compris morale et psychologique. La rupture est certes difficile, mais nécessaire : « celui qui aime fils ou fille plus que moi n'est pas digne de moi ».
Cette libération possible est le fruit de la lumière qu’est l’instruction, toute instruction, et tout particulièrement l’instruction dans la parole de Dieu. La lumière — devant sa loi : ce qui induit aussi la transparence, signe de l’être adulte en Christ.
Cela vaut pour nos relations les uns avec les autres, nos relations d’Église à Église. Savons-nous être transparents les uns avec les autres, ne pas croire les rumeurs, avoir les uns avec les autres des relations honnêtes ? C’est un signe du statut d’enfants de Dieu, c’est-à-dire du statut d’adulte en Christ.
Comme Jésus, il faut croître non seulement en stature, mais en sagesse, et en grâce. Et il n'est pas facile de se résoudre à se suffire de la grâce, ou de se résoudre à laisser à Dieu ceux qu'il nous a confiés, à lui passer le relais pour qu'il ouvre leur liberté.
C'est là un acte de la foi, qui est œuvre miraculeuse de la grâce. Se résoudre à assumer et promouvoir ces ruptures est une façon de recevoir sa propre mort, renoncer à toute possession ; mort à soi-même indispensable pour la naissance d'en haut, la naissance à la liberté. Alors, un monde nouveau, prémisse des nouveaux cieux et de la nouvelle terre, devient possible, un monde de relations humaines reconnaissant l'autre pour lui-même, d’une valeur infinie, être créé selon l'image de Dieu, manifestée en Christ. Un prochain qui n’est pas limité à nos schémas. Voilà tout un programme, qui n'est pas facultatif : abandonner autrui à Dieu. Et, pour cela, nous y abandonner nous-mêmes.
Et dans le cadre de notre thème — défi Michée — cela vaut pour nos relations avec nos prochains, jusqu’à ceux des pays lointains. La possibilité de l’instruction en est la base.
Et déjà de l’instruction au sens le plus naturel du terme : apprendre à lire et à écrire. Les protestants dans la France de l’Ancien régime, persécutés, ont survécu par leur culture.
Ils savaient lire, ils apprenaient à lire dans la Bible dès l’enfance, et l’héritage s’est transmis ainsi, sous la persécution, pour parvenir jusqu’à nous.
Et un jour cette parole doit éclore, comme la semence de la parabole. C’est ce que dit pour nous Jésus ce jour-là. Il s’agit d’offrir à Dieu ce qui n'appartient qu'à Dieu. Nous verrons alors si selon sa promesse, une part abondante de liberté et de bonheur, comme un grand bol d'air, ne vient pas sur nous, sur nos Églises et sur le monde.
R.P.
09.01.2006
Semaine de prière de l’Alliance évangélique
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08 janvier 2006
Épiphanie
DES MAGES

Matthieu 2, 1-12
1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem
2 et demandèrent : "Où est le roi des Judéens qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l'Orient et nous sommes venus lui rendre hommage."
3 A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui.
4 Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et s'enquit auprès d'eux du lieu où le Messie devait naître.
5 "A Bethléem de Judée, lui dirent-ils, car c'est ce qui est écrit par le prophète :
6 Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda : car c'est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple."
7 Alors Hérode fit appeler secrètement les mages, se fit préciser par eux l'époque à laquelle l'astre apparaissait,
8 et les envoya à Bethléem en disant : "Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant; et, quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour que, moi aussi, j'aille lui rendre hommage."
9 Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route; et voici que l'astre, qu'ils avaient vu à l'Orient, avançait devant eux jusqu'à ce qu'il vînt s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant.
10 À la vue de l'astre, ils éprouvèrent une très grande joie.
11 Entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe.
12 Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d'Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin.
*
Les Mages. Ils disent la manifestation de Dieu, en l’occurrence manifestation aux nations, à tous, “manifestation” selon le sens du terme issu du grec, “épiphanie”. Commémoration de la naissance de la lumière à Noël : la voilà comme à son zénith. Le Royaume, ici, se fait plus proche.
Les Mages et l'Histoire
On sait ce qu'il en est de ces Mages. Les Mages étaient la caste sacerdotale dans l’Empire perse (donc prêtres plutôt que rois — ils sont devenus rois, "rois-mages", au regard des textes des Psaumes et d’Ésaïe —, et pas nécessairement trois — ça, ça vient du nombre de leurs cadeaux, avant de désigner les trois continents — le monde entier d’alors — qu’ils en viendront à représenter : Afrique, Asie, Europe). Des prêtres, au départ, de la caste sacerdotale des Mages, chez les Perses, de religion mazdéenne — comme les Lévites pour les Hébreux.
La religion mazdéenne existe toujours, qui se réclame du prophète Zoroastre (ou Zarathoustra), prophète de Ahura Mazda (comme les mazdéens nomment Dieu). C’est la dynastie des Achéménides, rois des Mèdes et des Perses dont était le célèbre Cyrus, qui l’adopta. Sous son petit-fils Darius Ier (Ve siècle av. J.-C.), le zoroastrisme est la religion en place. Après lui, son fils Xerxès Ier, puis Artaxerxès Ier (qui régna de 465 à 425 av. J.-C.) en furent aussi des fidèles (tous ces rois sont mentionnés dans plusieurs livres de la Bible : Esdras, Néhémie, Daniel, Aggée, Zacharie, Esther…). Sous leurs règnes s'opéra sans doute une synthèse des enseignements de Zoroastre et de la tradition antécédente. Artaxerxès II (qui régna de 404 à 358 av. J.-C.) vénérait Ahura Mazda, Mithra et Anahita. Le mazdéisme est resté la religion de l’Iran durant douze siècles, jusqu’à sa conversion à l’islam à partir du VIIe siècle ap. J.-C.
Cette religion, en outre dualiste (où s’opposent le Bien — Ahura Mazda, ou Ormuzd, — et le Mal — Ahriman), et qui, suite à la réforme de Zoroastre, est globalement monothéiste ; cette religion a des racines communes avec l’hindouisme, et donc aussi le bouddhisme. Et ses prêtres, ainsi dotés d’une représentativité universelle, sont les Mages.
On voit donc dans notre texte ces Mages informés, apparemment au travers de pratiques astrologiques, de la venue en ce monde d'un roi des Judéens. L'aspect étrange semble s’épaissir : on sait que les premiers chrétiens, comme le judaïsme, rejettent l'astrologie, perçue comme déterministe et s'opposant donc à la liberté des enfants de Dieu.
(Aujourd'hui, de plus, après les progrès de l'astronomie moderne depuis Copernic, l'astrologie est dépouillée de tout crédit scientifique ; y compris sous l'angle où — ce depuis le XXe siècle — la science aussi rejette le "déterminisme", l'idée que les choses seraient déterminées à fonctionner de façon immuable et prévisible, ce qui rejoint les raisons qui étaient celles des premiers chrétiens pour rejeter l'astrologie).
Bref. Mais alors qu'en est-il de ce texte ?
Signe de miséricorde
Nulle justification de l'astrologie, évidemment : ici, c’est Dieu qui fait apparaître un reflet de sa gloire jusqu'aux parages confus d’une sagesse déficiente comme le sont finalement toutes les sagesses humaines. Comme l'a écrit Paul, par la folie de la croix, "Dieu n'a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde ?" (1 Co 1, 20).
Dieu condescend à faire luire un reflet de lumière, à donner un signe jusqu'aux marges de la confuse astrologie (marges, car en fait, ce n’est pas exactement d’astrologie, pas au sens où on l’entend aujourd’hui, qu’il s’agit, mais, on va le voir, de prophétie mazdéenne, qui incluait une référence aux astres). Un signe, que selon leur croyance, ces Mages discernent : un roi des Judéens est né.
Un roi des Judéens, les Mages vont donc chez Hérode : normal, il s'agit du roi de Judée en place, ils vont à la famille royale. Et c'est alors la prophétie de l'Écriture juive qui éclairera plus précisément leur chemin : ce sera Bethléem.
L'étoile réapparaît alors — v.10 : "à la vue de l'étoile, ils éprouvèrent une grande joie" — comme un dernier clin d’œil.
Mais attention, ici les choses, parlant de prophétie, prennent une tournure inattendue. Matthieu, on le sait, bâtit son récit de l’Enfance sur les prophéties de la Bible hébraïque. Et voilà que, chose étonnante, il y introduit une prophétie issue d’une autre religion !
Une autre prophétie
Des Mages aux prises avec un roi qui veut les utiliser — ici contre un rival royal potentiel. Des Mages conduits où ils ne voulaient pas aller, de Jérusalem à Bethléem…
Où l’on retrouve un épisode parallèle dans le livre des Nombres, et qui n’est pas sans éclairer celui des Mages : Balaam. Comme les Mages, "Balaam s'en alla et retourna dans son pays ; et Balaq s'en alla de son côté." (Nb 24, 25) — comme Hérode du sien. Balaam est un genre de devin, comme les Mages. Balaq lui demande de maudire Israël, comme Hérode qui dans la suite du texte, en massacrera les enfants. Et poussé par Dieu, que lui répond Balaam le devin ? — "Il n'y a pas d'augure en Jacob, ni de divination en Israël : en temps voulu il est dit à Jacob, à Israël, ce que Dieu fait." (Nombres 23, 23) Et voici ce qu’annonce Dieu par Balaam : "Je le vois, mais ce n'est pas pour maintenant; je l'observe, mais non de près: De Jacob monte une étoile, d'Israël surgit un sceptre" (Nombres 24, 17).
Étoile annoncée par Balaam, et que rencontrerons les Mages qui lui ressemblent sous l’angle où comme lui, ils sont des prophètes païens. Étoile qui est Jésus.
*
C’est sans doute par ce type de biais qu’est introduit dans la tradition chrétienne ce qui est connu à l’époque comme une véritable prophétie étrangère, zoroastrienne.
L'Évangile arabe de l'Enfance, un texte apocryphe arabe de source syriaque affirme : —Zoroastre, qu’il identifie justement à Balaam — Zoroastre annonça, je cite (ch. 1, v.2), que :
"La vierge sera enceinte sans avoir connu d’homme [...]. Son enfant par la suite ressuscitera des morts ; et sa bonne nouvelle [sera connue] dans les sept climats de la terre" ; cela avec pour signe une étoile. Et plus loin, le même texte (ch. 5, v1) : "Des Mages arrivèrent d'Orient à Jérusalem, selon ce que Zoroastre avait prédit".
Eh bien ! cette prophétie est connue par ailleurs. L’historien des religions Salomon Reinach, dans son Histoire Générale des Religions rappelle l'essentiel des croyances mazdéennes à ce sujet. Je cite : "À la fin des siècles, Ahura Mazda engagera une lutte décisive contre Ahriman et l'emportera grâce à l'archange Sraoscha (l'obéissant), vainqueur du démon Ashéma. Une Vierge concevra alors de Zoroastre un Messie, le Victorieux, le second Zoroastre qui fera ressusciter les morts et d'abord le premier mort, l'homme primitif : Gayomart."
Les historiens précisent en outre qu'en Iran oriental des Mages astrologues se recueillaient chaque année sur une montagne pour y guetter durant trois jours — c’est une partie de leur culte — l'étoile du grand roi.
*
Du coup, pour étrange qu'il nous apparaisse, notre récit sur les Mages prend tout un sens. Dans le cadre de leur attente mazdéenne, des zoroastriens à Jérusalem ? Eh bien, c’est tout à fait envisageable ! L'attente messianique juive dépassait alors largement les frontières d'Israël. Depuis longtemps, des contacts étaient noués entre Israël et les peuples où il a été dispersé. La Bible est alors traduite en grec depuis deux siècles !
Le contact est plus particulièrement étroit avec les pensées les plus proches de le religion du Dieu unique (ainsi Paul et les philosophes d'Athènes — Ac 17). Mais aussi une religion comme le zoroastrisme — la religion des Mages, donc.
Un signe des temps, ces temps annoncés par Ésaïe, et dont Paul deviendra le grand annonciateur. Voilà un Dieu qui accompagne ceux qui cherchent son salut, même païens, même de façon confuse, jusque dans leur démarche confuse. Un Dieu qui prend le risque de frayer sur les chemins de ce monde, qui prend le risque de l'Incarnation, pour mener ce monde, pour mener la chair, jusqu'à la folie de la rencontre d’un enfant, qui est en fait le fils de Dieu.
Un enfant humble de parents humbles chez qui entrent de prestigieux prêtres étrangers, déposant aux pieds de l'infini mystère la richesse de leur or, l'encens de leurs prières, et la myrrhe qui parfume les vivants et les morts. À nous de les y accompagner.
Le message de Dieu a rompu les frontières : c'est le mystère que nous fêtons : Dieu est manifesté au monde. Il nous a accompagnés, et nous accompagne dans les méandres de nos réalités afin que nous vivions de sa seule grâce au cœur du monde où nous frayons.
Le chemin de Dieu
Car voilà que face à la recherche de la sagesse, Dieu a opposé la folie de sa présence dans un enfant ; la foi miraculeuse à la faiblesse d’un enfant. À ce point, c’est à nous d’emboîter le pas des Mages et de leur histoire étrange.
Rappelez-vous (v.9-10) : « l'astre, qu'ils avaient vu à l'Orient, […] vînt s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant. À la vue de l'astre, ils éprouvèrent une très grande joie. » « De Jacob monte une étoile » avait dit Balaam. Arrêtée au-dessus de l’enfant, l’étoile est le signe de sa provenance, céleste. Cet enfant vient des cieux à notre rencontre, sur nos chemins, même tortueux comme celui des Mages païens ; avec nous mystérieusement, comme la trace d’une étoile, jusqu’à ce carrefour où s’arrête l’étoile et où l’on repart « par un autre chemin ».
L’enfant était l’étoile, il est désormais le chemin. Nous n’avons pas eu le cheminement des Mages. Nous avons eu chacun les nôtres, ceux de nos espérances, de nos étoiles confuses, de nos religiosités, de nos soucis, de nos fardeaux, jusqu’à l’enfant, qui mystérieusement, nous a guidés et accompagnés jusque là. À présent l’étoile s’arrête, dévoilant l’enfant, nouveau chemin, lumineux, où nous sommes à présent envoyés avec lui... « un autre chemin »..
R.P.
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01 janvier 2006
Pour l'an nouveau
Gloire à Dieu dans les lieux très hauts,
Et paix sur la terre

Que le Seigneur te bénisse et te garde !
Que le Seigneur fasse rayonner sur toi son regard et t’accorde sa grâce !
Que le Seigneur porte sur toi son regard et te donne la paix !
(Nombres 6, 24-26)
Luc 2, 13-21 :
13 Et soudain il se joignit à l’ange une multitude de l’armée céleste, qui louait Dieu et disait:
14 "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour ses bien-aimés."
15 Lorsque les anges se furent éloignés d’eux vers le ciel, les bergers se dirent les uns aux autres: Allons donc jusqu’à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître.
16 Ils y allèrent en hâte et trouvèrent Marie, Joseph, et le nouveau-né dans la crèche.
17 Après l’avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été dit au sujet de ce petit enfant.
18 Tous ceux qui les entendirent furent dans l’étonnement de ce que leur disaient les bergers.
19 Marie conservait toutes ces choses, et les repassait dans son cœur.
20 Et les bergers s’en retournèrent en glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, conformément à ce qui leur avait été dit.
21 Quand le huitième jour fut accompli, il fut circoncis et fut appelé Jésus, du nom indiqué par l’ange avant sa conception.
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux » ont chanté les anges — « multitude de l’armée céleste ». Il s’est passé là quelque chose d’extraordinaire, qui fait chanter toute la création visible et invisible, qui fait chanter jusqu’à toute la « gendarmerie céleste », pour employer le vocabulaire de Calvin parlant des anges.
Car il faut, en effet, se débarrasser de l’imagerie douceâtre qui traduit ces armées angéliques en figures d’angelots joufflus… Exténuant de la sorte le contraste extraordinaire que veut rendre l’Évangile : d’un côté toute la puissance — la Création et ses fondements célestes, toute la terreur, la sainte terreur, que cela peut inspirer ; de l’autre l’humilité de la crèche où naît le souverain de toutes les armées célestes. C’est sans doute le deuxième, pôle empreint de douceur, qu’a voulu rendre l’imagerie des angelots. Mais à quel prix ! Comme quoi nos représentations des réalités célestes, et terrestres, restent inadéquates, contraintes, elles aussi, à l’humilité !
Les armées célestes viennent de se joindre à l’ange annonciateur, et dès lors les bergers non plus ne s’y trompent pas. Ils n’y ont d’ailleurs, sans doute, pas été portés. Un ange, même annonciateur d’une bonne nouvelle, est impressionnant. Et alors, quand s’y joint toute la gendarmerie…
Mais voilà donc que la chose essentielle, celle qu’ils chantent là, s’est passée à Bethléem, s’est passée dans l’humilité, et concerne celui qui vaut que toutes les puissances de la Création y joignent leur louange.
Cela concerne les bergers, et nous concerne avec eux. Cela aussi les anges le clament ! C’est le deuxième aspect de leur chant de louange : « paix sur la terre parmi les hommes de la bienveillance ».
« Parmi les hommes de bonne volonté » a traduit la version latine, la Vulgate, de Jérôme — le fameux saint Jérôme :
« Gloria in altissimis Deo et in terra pax in hominibus bonae voluntatis ».
(« Doxa en uqistoiv yew kai epi ghv eirhnh en anyrwpoiv eudokia ».)
La traduction n’est pas si mauvaise. Elle rend le terme grec littéralement, selon un des sens possibles… cela en posant une difficulté théologique — qui n’est pas sans intérêt.
Car, certes, la paix donnée aux hommes par Dieu en son Fils n’est pas payante, n’est pas réservée à ceux qui l’auraient méritée par leur bonne volonté ! Ou leur bienveillance ! (L’autre sens possible de l’expression grecque serait : « les élus » — paix sur la terre aux hommes de la bienveillance, du bon plaisir de Dieu, aux élus de Dieu.)
Mais justement l’ambiguïté doit alors nous interroger, comme tout propos qui heurte notre sens de l’ordre des choses.
Et si là, précisément, se disait aussi, comme avec les chants des armées célestes plutôt que des angelots, la dimension vertigineuse du contraste qu’il nous est donné de contempler.
Nous voilà au carrefour entre le Dieu créateur de toutes les choses visibles et invisibles, jusqu’aux puissances célestes, et la réalité de l’humanité qui chemine sous la bienveillance de ce Dieu Tout-puissant, exprimée au quotidien dans sa bienveillance à elle, humanité, une bienveillance tout humaine, et trop rare.
Le double sens possible de cette « bienveillance », de cette « bonne volonté » peut alors vouloir dire beaucoup de choses.
Cela rejoint Paul disant aux Romains : « vous êtes sauvés par la foi du Christ » — au double sens de foi en Christ et de foi exercée par le Christ. Double sens qui veut que le salut est en ce carrefour où l’on fait confiance en celui qui est fiable, et qui nous sauve par sa seule fiabilité, reçue dans l’humilité de la foi — salut qui donc dépend de sa foi à lui et non pas de la nôtre qui ne fait que le recevoir et croire.
Ce double sens rejoint aussi celui du « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » — commenté en Matthieu 6, 15 par :
« Si vous ne pardonnez pas, votre Père non plus ne vous pardonnera pas ».
Parole terrible si l’on y voit un Dieu attendant de nous que nous fassions le premier pas vers autrui avant qu’il ne fasse un pas vers nous.
Le double sens ici aussi dit exactement le contraire : dans le pardon inconditionnel de Dieu se fonde votre capacité à pardonner, qui sera pour vous comme donnée en signe de la puissance et de la vérité du pardon reçu.
« Paix envers les hommes de la bienveillance ». La paix de Dieu, sa bienveillance accordée en plénitude, et signifiée ici dans l’humilité de l’enfant pour qui s’élève la louange de toute la Création, se donne à expérimenter dans la bienveillance qui en découle parmi les hommes, puis depuis les hommes qui deviennent par leur bienveillance autant de signes de ce que la bienveillance divine est effectivement octroyée — et qu’elle se répand.
Là est tout le contraste que nous donne ce chant de louange angélique entre la puissance divine dans la Création, la magnificence du Créateur, et l’humilité de l’enfant en lequel il vient à nous.
*
À ce moment le récit entre dans toute son humilité, sa simplicité, ce que nous savons nous figurer : « Marie, Joseph, et le nouveau-né dans la crèche ». Là est tout le salut. « Après l’avoir vu, les bergers racontèrent ce qui leur avait été dit au sujet de ce petit enfant. » Rien de plus à dire !
Qu’à s’étonner, comme l’on fait les auditeurs des bergers, et à méditer, comme la mère de l’enfant : « Marie conservait toutes ces choses, et les repassait dans son cœur. »
Et reprendre nos chemins avec les bergers qui « s’en retournèrent en glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, conformément à ce qui leur avait été dit ».
L’enfant, lui aussi, poursuit sa route d’humilité, chemin des hommes. Déjà ses parents le mènent sur ce chemin et le présentent à sa circoncision : « quand le huitième jour fut accompli, il fut circoncis et fut appelé Jésus, du nom indiqué par l’ange avant sa conception ».
Signe extraordinaire à nouveau de ce qu’en lui est le salut des nations, qui selon les promesses des prophètes, découle de Jérusalem, ville du peuple de la circoncision, Cité des origines et demain Cité céleste.
Ce signe est en ce que l’Église, qui rassemble les nations autour de cet enfant, datera ses années, non pas du jour de sa naissance, mais du jour de sa circoncision : nous avons fêté sa naissance il y a huit jours. Aujourd’hui, 1er jour de l’année nouvelle, est commémoration de sa circoncision.
Le Créateur tout-puissant célébré par les armées célestes a bien répandu sa bienveillance, depuis le cœur de Jérusalem, envers toutes les nations, pour que comme en cascades cette bienveillance qui jaillit de la crèche de l’enfant jusqu’en sa résurrection, se répande désormais parmi les hommes et les femmes ce monde et par les hommes et les femmes de ce monde.
*
Et cela se donne dans ce simple dévoilement : « Christ, Dieu et homme, ne fait qu’une seule personne. Si je veux trouver Dieu, je vais le chercher dans l’humanité du Christ. Aussi, quand nous réfléchissons à Dieu, nous faut-il perdre de vue l’espace et le temps, car Notre-Seigneur Dieu, notre créateur est infiniment plus haut que l’espace, le temps et la création. » (J’ai cité Martin Luther, Propos de Table, Aubier 1992, p. 204.)
Dans et l’espace et le temps, il a donné ce signe de sa présence aux bergers, puis par eux à tous : l’humanité du Christ.
R.P.
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31 décembre 2005
à l'an qué vèn
23:05 Ecrit par rolpoup dans Silence & paroles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24 décembre 2005
Joyeux Noël
| Parole faite chair et graines de Lumière |


ean 1, 1-18
1 Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.
2 Elle était au commencement avec Dieu.
3 Tout a été fait par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle.
4 En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
5 La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas accueillie.
6 Il y eut un homme envoyé par Dieu, du nom de Jean.
7 Il vint comme témoin pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui.
8 Il n’était pas la lumière, mais (il vint) pour rendre témoignage à la lumière.
9 C’était la véritable lumière qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme.
10 Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l’a pas connue.
11 Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçue;
12 mais à tous ceux qui l’ont reçue, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom
13 et qui sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu.
14 La Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venu du Père.
15 Jean lui a rendu témoignage et s’est écrié: C’est celui dont j’ai dit: Celui qui vient après moi m’a précédé car il était avant moi.
16 Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce,
17 car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.
18 Personne n’a jamais vu Dieu; Dieu (le Fils) unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître.


a Parole, créatrice, est au commencement de toute chose — parole prononcée il y a 5766 ans selon la datation du judaïsme — parole qui pose alors le monde, doté de son substrat, de son terreau de temps et de matière de 13 milliards et demi d’années.
Ainsi ont commencé toutes choses, dans une parole qui fait advenir le monde à la lumière, qui a fait advenir le chaos, de 13, 5 milliards d’années, au jour de la parole créatrice prononcée dans la lumière, et qui résonne dans le temps il y a 5766 ans.
Cette même parole est à nouveau au recommencement de toute chose. Car le monde, qui n’est pas pleinement sorti de la nuit, est appelé à renaître, à accéder à sa plénitude en paraissant en pleine lumière.
Et c’est cette espérance séculaire, signifiée par toutes les fêtes de lumière des différents cultes, qui s’est réalisée à Noël, et que nous fêtons, pour la 2005e fois. « Au commencement » dans l’Évangile de Jean, renvoie à la Genèse où le monde est créé par la parole — le « qu'il soit », « sois » — de Dieu. Dieu dit, et la chose existe, le monde existe, nous existons. C'est à cette Parole qu'il est fait référence ici à Noël, et à la lumière qui en est le premier effet. Une lumière qui précède toute lumière. Celle du soleil vient ensuite : cette lumière-là est la vraie lumière, qui éclaire tout être humain venant dans le monde.

n monde extrait des ténèbres antécédentes à cette parole illuminatrice.
C’est en cette Parole, créatrice, qu’est « la lumière du monde », avant même la lumière naturelle, donc (Jean 1, 9-10). Lorsqu'elle s'exprime, la lumière apparaît : « Dieu dit : que la lumière soit, et la lumière fut » (Genèse 1, 3). Cette lumière précède la lumière du soleil qui n'apparaît qu'au 4e jour dans le récit de la Création. Cette vraie lumière est la lumière spirituelle dans laquelle le monde prend forme.
Cette lumière-même est celle de Noël. Le déroulement ultérieur de la création est le développement de cette illumination du monde, de sa sortie du chaos et des ténèbres. Les choses s'ordonnent en se distinguant, en se séparant : ainsi en premier, le jour d'avec la nuit.
C'est cette même Parole qui nous fait venir à l'être qui peut aussi nous faire venir à la vie de Dieu, à la vie éternelle, pourvu que nous l'accueillions. Car la Création, le monde, dès lors qu'il ne reçoit pas cette Parole par laquelle il existe, est dans les ténèbres, selon que c'est cette Parole, qui sépare la lumière des ténèbres. Parole, et lumière. Souvenons-nous : « ta Parole est une lampe a mes pieds, une lumière sur mon sentier » (Psaume 119, 105).

t cette parole de lumière vient à Noël, comme petit enfant, de sorte que nous puissions l’accueillir le plus simplement… Donnant, à qui l’accueille, le pouvoir de devenir enfant de Dieu à son tour. Autant de porteurs de cette Parole qui fait venir à la vie, lesquels ne sont pas nés de la chair, mais de la volonté de Dieu. Recevoir la Parole qui fait advenir à la vie dans l’éternité.
Face à cela, les ténèbres naturelles sont le signe qu'il est une seule limite à la pénétration de la lumière. Ne pas l'accueillir.
Mais que de possibilités s'ouvrent au contraire par cet accueil : le pouvoir de devenir enfants de Dieu, juste par l'accueil, dans la foi, de cette Parole et de sa lumière.
C'est là le vrai cadeau de Noël. Que cette Parole, dont nous célébrons la naissance en Marie il y a deux mille ans, Parole éternelle qui nous a créés, Parole éternelle qui nous illumine — naisse en chacun de nous pour nous rendre féconds en Dieu.
Qu'elle fasse germer en nous la grâce de l'accueillir d 'où qu'elle vienne ; de ne pas endurcir notre cœur lorsque nous l'entendons où nous ne l’attendrions pas ; car Dieu a pour habitude de déguiser ses anges, comme il a déguisé Marie et Joseph en étrangers que l'on n'a pas su accueillir. Accueillir la Parole créatrice, illuminatrice, source de la vie nouvelle. Cette Parole est le Fils unique de Dieu, en qui demeure pour nous, le pouvoir de devenir enfants de Dieu à notre tour.

Matthieu 2, 12-13 : « Divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d’Hérode, les Mages se retirèrent dans leur pays par un autre chemin.
Après [le] départ [des Mages], voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit: "Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte; restes-y jusqu’à nouvel ordre, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr." »
Les Mages repartant en leur Orient d’origine, Joseph menant l’enfant et sa mère en Égypte. Les deux premiers continents (Asie et Afrique) des trois symbolisés plus tard par le nombre des Mages (le 3e est le nôtre, l’Europe). Matthieu ne nous en a pas dit le nombre. Si on les avait comptés de nos jours, on en aurait eu sans doute cinq : l’Amérique et l’Océanie en plus.
Voilà qu’avec les Mages repartant en Orient et Joseph allant en Égypte, la lumière a commencé déjà à se répandre vers toutes les nations. Comme une graine de lumière, qui va germer jusqu’à nous.

Jésus leur proposa une parabole: « Il en va du Royaume des cieux comme d’un homme qui a semé du bon grain dans son champ » (Matthieu 13:24). Et il explique : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme » (Matthieu 13:37). C’est à dire l’enfant de Noël parvenu à la résurrection.
Il leur proposa une autre parabole: « Le Royaume des cieux est comparable à un grain de moutarde qu’un homme prend et sème dans son champ ». (Matthieu 13:31) — la plus petite graine, selon l’Évangile, qui va ensemencer tout l’univers, comme la graine de lumière semée à Noël. « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance » (Jean 12:24). Car c’est de cette graine de lumière là que tout est parti…
R.P.
21:40 Ecrit par rolpoup dans Dimanches & fêtes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13 décembre 2005
Veillée de Noël
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avec la participation des enfants de l’école biblique, des catéchumènes et de tous ……..
……. Retrouvons-nous ensemble autour du thème de cette veillée festive « JESUS, LUMIERE DES NATIONS » :
Chants de Noël, lectures bibliques, conte de Noël de 19h à 20 h 30
Et
Partage autour de friandises de Noël de 20h30 à 21 h.
09:30 Ecrit par rolpoup dans Silence & paroles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10 décembre 2005
Les Mages, le Père Noël et les autres

oilà qu’apparaissent dans l’imagerie de Noël ces fameux mages venus d’Orient, le pays d’où se lève le soleil. Les voilà bientôt sacrés rois, rayonnants de lumière, là où Matthieu les présentait comme des sortes de prêtres arrivant quelques deux ans après l’événement - des savants dira-t-on bientôt, miraculeusement présents, grâce à leur science des étoiles, la nuit du 25 décembre 0000. Car voilà qu'on s’est mis à enseigner aussi que Jésus est né un 25 décembre. Mais, nous disent les savants, les successeurs des mages en quelque sorte, le 25 décembre c'est impossible : les bergers de Luc ne pouvaient être dans les champs en cette saison. Et de nous faire remarquer que le 25 décembre est la date d'une fête païenne en l'honneur du soleil - vénéré alors sous la forme de telle ou telle divinité solaire, comme Mithra, dont les mages étaient sans doute, selon leur religion, des adeptes.Alors, fête du Messie biblique, Messie de Bethléem, ou fête païenne ? Et voilà controverse sempiternelle qui renaît, d’autant plus vigoureuse que selon toute vraisemblance, non seulement il n'est pas né un 25 décembre, mais qu'en plus ce n'était d'ailleurs même pas en zéro ! Et si alors, le problème était toujours celui de savoir si Jésus est le Messie biblique ou celui qui concerne aussi les païens ? Ne voit-on pas tel mouvement religieux, qui, sous prétexte que la fête serait païenne, voudrait ne pas fêter Noël ? Et si c'était toujours autant un faux débat qu'à l'époque ?
t si, comme tout en étant né à Bethléem en Judée, Jésus est aussi galiléen, - si sous un certain angle, un angle bien réel, Jésus était vraiment né un 25 décembre ? Si nos païens d'ancêtres dans la foi, avaient vraiment été saisis par l'Esprit de Dieu, Esprit par lequel on perçoit que ce Messie biblique concerne aussi les païens ? Qu'est-ce en effet que le 25 décembre ? C'est la fête du solstice d'hiver, le moment où la nuit cesse de croître et où le jour augmente, le moment où la lumière nous rejoint dans nos ténèbres. Ne dit-on pas que Jésus est le soleil de justice ? Voilà que dans l'Empire romain, on fêtait ce jour-là la fête du soleil, et voilà que le christianisme a triomphé dans l'Empire même, après trois siècles de persécution. Certes le temps est resté le temps, l’Empire est resté l’Empire, persécutant bientôt, hélas, tous ceux qui n’étaient pas chrétiens, juifs comme païens. Mais les plus sages ont discerné quand même dans cette rencontre d’une fête solaire un signe que ceux qui se veulent les plus savants d'aujourd'hui ne savent pas reconnaître parce que cela ne correspond pas à la rigueur de l'Histoire.
Dans l'Histoire, Jésus n'est pas né un 25 décembre. Certes. Mais si l'on est attentif on peut être à même de percevoir qu'il est aussi une autre dimension. Rappelons-nous que les anges ont empli les cieux de leur louange au jour de la naissance de Jésus. Et que le temps des anges n'est pas le nôtre, qu'il est entre le nôtre et celui de Dieu, où "mille ans sont comme un jour". Si, en toute rigueur historienne, Jésus n'est effectivement sans doute pas né un 25 décembre, ne sont-ils pas éclairés de ce qu'il est des réalités au-delà des nôtres, ceux qui ont soupçonné les vérités de ce temps des anges, un temps dont le vrai signe dans notre temps est effectivement le 25 décembre. Ici le jour nouveau se lève, brillant d'une lumière dont on ne soupçonnait pas même l'existence, on passe des temps nocturnes aux temps solaires, au temps du soleil de justice, qui concerne tous les peuples, qui concerne les païens.
Et voilà que l’on date à présent nos siècles à partir de sa naissance. Et que l’on est passé avec le Christ à un calendrier solaire - car le calendrier biblique est lui un calendrier lunaire, au cœur duquel est inscrite aussi la promesse de la lumière, exprimée par la fête juive de Hanoukka, célébrée aussi en ces temps de solstice d’hiver. Voici, avec Jésus, un nouveau calendrier, solaire, dont le premier mois, janvier, est celui qui succède immédiatement à celui de sa naissance, huit jours après, c’est-à-dire le jour de sa circoncision - selon le temps angélique s'entend -, là où auparavant l'année commençait en avril. Que celui-là voie, qui a des yeux pour voir, est-on tenté de dire, pour dépasser, comme l'ont dépassé les Évangiles, le problème de savoir si c'est là le Messie biblique ou s'il concerne les païens.
oint de contradiction ici : le Messie de la Bible concerne bien aussi les païens. C'est vers lui, vers sa lumière, que sont venus, guidés par l'étoile confuse de leur confuse astrologie, les mages, ces païens d'Orient. C'est vers lui que se dresse l'arbre de Jessé, père de David, comme l'arbre de toute la création qui se dresse vers sa lumière qu'annonce cette même étoile des mages.
Et à y regarder de près, les yeux de la foi découvrent alors que cette fête que l'on voudrait dénoncer comme païenne est celle de la bonne nouvelle du salut de Dieu pour les païens, que représenteront les mages. Elle est celle du chant de toute la création à la rencontre de la lumière à laquelle elle est appelée.
Car c'est bien là le sens de l'arbre de Noël, figure de celui de Jessé et de celui de toute la création que Dieu fait croître à sa rencontre. Symbole païen ? Introduit en fait par la réforme luthérienne pour symboliser la vérité du 25 décembre, celle de la naissance du Christ. Un arbre qui se dresse vers la lumière annoncée par l'étoile, comme celui de la famille de Jessé et de David vers le Messie et celui de toute la création vers son salut. Cela en passant par la faute même qu'il s'agit de couvrir, symbolisée par les boules de nos arbres, qui sont au départ simplement des pommes stylisées - pommes (malum en latin), pommes du bien et du mal, mal (malum aussi en latin) englouti par le Christ dans la lumière, qui dès lors parcourt toute la création, lumière figurée elle par les guirlandes de lumière qui courent dans tout l'arbre.
t le père Noël, avec ses allures de lutin des cultes scandinaves ? On a évoqué l’histoire des mages, ces païens qui menaient des cadeaux aux pieds du Messie biblique, aux pieds d'un enfant né dans les ténèbres de l'humilité - la nuit, donc, dans le temps angélique - pour couvrir de lumière jusqu'à sa Galilée païenne.
Il enseignera, ce Messie, que les plus petits que nous croisons sont lui-même venus dans le secret. C'est là ce qu'a très bien compris un évêque de l'Antiquité, nommé Nicolas, devenu saint Nicolas parce qu'il ne supportait pas, lui disciple d'un enfant pauvre, de voir la misère, plus particulièrement celle des enfants. Alors en secret, il leur faisait des cadeaux qui allégeaient leur peine, comme les mages offrant leurs dons au Christ.
Plus tard, toujours la réforme luthérienne - fructueuse en pays scandinave - découvrait que saint Nicolas, dans son humilité, dévoilait des actions angéliques. Derrière saint Nicolas, un simple homme, s'ouvre le monde angélique, dévoilant lui-même la réalité de Dieu. Un ange est derrière saint Nicolas, comme derrière les rois mages, étrangers en visite, rappelant les étrangers visitant Abraham, et dans lesquels le patriarche reconnaissait le présence angélique, et la présence de Dieu même lui annonçant la naissance de son enfant. Un ange est derrière saint Nicolas, ange qui sera figuré sous les traits des anges scandinaves, elfes et lutins. C'est la figure du père Noël, que dévoile saint Nicolas, une figure angélique du don gratuit.
lors contrairement à ce que s'imaginent ceux qui sont lourds à comprendre, le père Noël existe, manifestation angélique de l'art de donner dans le secret, de l'art de donner de la joie à ceux qui ressemblent au Messie nouveau-né dans sa crèche.
Et derrière cette figure angélique, il y a au plus haut des cieux, comme le crient les anges effectivement présents à Noël selon les Évangiles - il y a la présence du don suprême, le grand cadeau de Dieu par lequel la paix vient sur la terre aux hommes de bonne volonté, - don de Dieu réconciliant le monde de la Bible et celui des païens, le cadeau par lequel il prouve définitivement son amour envers nous.
R.P.
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03 décembre 2005
Autour de Montaillou
Autour de Montaillou - un village occitan
Histoire et religiosité d'une communauté villageoise au Moyen Âge

Sous la direction d'Emmanuel Le Roy Ladurie
Éditions : L'Hydre, 2001
Collection : Domaine historique
ISBN : 2-913703-11-9
Format : 416 pages, 16.5 x 23.5, broché, couv. quadri
Textes rassemblés par Anne Brenon et Christine Dieulafait
En 1975, à partir de l'exceptionnelle source historique qu'est le Registre d'Inquisition de Jacques Fournier, Emmanuel Le Roy Ladurie ouvrait avec Montaillou, village occitan des voies nouvelles à la recherche médiévale.
Vingt-cinq ans plus tard, et sous sa direction, une équipe internationale de chercheurs s'attache à reprendre les dossiers alors ouverts. S'ancrant désormais dans la réalité des fouilles archéologiques menées sur le site de Montaillou, des chercheurs sur textes - historiens, sociologues, spécialistes du catharisme, de l'Inquisition ou encore des mentalités - entrent plus profondément dans l'intimité et le quotidien de cette communauté villageoise du XIVe siècle.
Grâce à eux, Beatris, Guillelme, Grazida, Pèire, Bernat... tout ce petit peuple de la montagne ariégeoise ressurgit sous la lumière crue de l'Inquisition.
«Comme tous les humbles de leur temps, et de tous les temps, ils auraient dû sombrer vite dans l'oubli. Le malheur les en a préservés, en faisant d'eux des témoins.»
Annie Cazenave
Emmanuel Le Roy Ladurie, Claudine Pailhès, Christian Raynaud, Flo Guillot, Jeanne Bayle, David Maso, Jean-Paul Cazes, Jean-Claude Soulassol, Matthias Benad, Gwendoline Hancke, Daniela Müller; Annie Cazenave, Anne Brenon, Danielle Laurendeau, Julien Roche, Jacques Frayssenge, Beverly M. Kienzle, Roland Poupin, Francesco Zambon, Jean Duvernoy, Michel Jas.
Couverture : photo de Jean-Louis Gasc.
21:00 Ecrit par rolpoup dans Publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





