20 mai 2006
Signe de l'Alliance
L'emplacement
du Temple
Après l’exil, le nouveau Temple se bâtit. On est entre joie et tristesse, avec une question : où est la gloire du Temple, c’est-à-dire son vrai sens?…
Esdras 3, 10-12
10 Lorsque les constructeurs posèrent les fondations du temple du Seigneur, on fit avancer les prêtres, en vêtements de cérémonie, avec des trompettes, et les lévites, descendants d’Assaf, avec des cymbales, pour acclamer le Seigneur selon les prescriptions de David, roi d’Israël.
11 Ils acclamèrent et louèrent le Seigneur en chantant à tour de rôle ce refrain: "Le Seigneur est bon, et son amour pour Israël n’a pas de fin!" Le peuple aussi faisait une ovation au Seigneur en poussant de grandes acclamations, parce que l’on posait les fondations de son temple.
12 Un grand nombre de prêtres, de lévites et de chefs de famille, assez âgés pour avoir connu le temple d’autrefois, pleuraient bruyamment pendant qu’on posait sous leurs yeux les fondations du nouveau temple;
Aggée 2, 3-9
3 "Y a-t-il encore parmi vous quelqu’un qui se rappelle quelle était la gloire du Temple d’autrefois? Or que constatez-vous maintenant? Ne voyez-vous pas que sa splendeur a été réduite à néant?
4 C’est pourquoi, moi, le Seigneur, je vous dis: Reprenez courage ! […] Mettez-vous au travail, je serai avec vous, je vous le promets, moi, le Seigneur de l’univers.
5 J’ai pris cet engagement lorsque vous êtes sortis du pays d’Égypte. Mon Esprit sera présent au milieu de vous. Vous n’avez rien à craindre!
6 Oui, moi le Seigneur de l’univers, je le déclare, dans peu de temps je vais ébranler le ciel et la terre, les mers et les continents.
7 Je mettrai toutes les nations étrangères sens dessus dessous. Leurs richesses afflueront ici et je redonnerai au temple une grande splendeur, je vous le déclare.
8 En effet, l’or et l’argent du monde entier m’appartiennent.
9 Ainsi la gloire du nouveau temple surpassera celle du premier. Et en ce lieu je vous accorderai la paix, c’est moi, le Seigneur de l’univers, qui le promets."
*
Revenons aux origines, pour retrouver les fondements de la vraie gloire du Temple…
« Le roi Salomon avait hérité de son père David de grandes richesses qu'il avait su, grâce à la sagesse de son gouvernement, faire prospérer. Chacun de ses desseins était toujours mené à bien, et sa gloire se répandait dans le monde entier. Mais, au fond de son cœur, Salomon demeurait attristé.
«A quoi me servent tous ces trésors, si les années s'écoulent sans que soit remplie la promesse faite à mon père? pensait-il avec amertume. J'ai fait édifier des dizaines de palais, mais le Temple en l'honneur de Dieu n'est toujours pas bâti. Le Seigneur m'est témoin que ce n'est pas mauvaise volonté de ma part si j'en diffère la construction. Comment cependant reconnaîtrais-je l'emplacement qui lui convient le mieux? La terre d'Israël est tout entière sainte, mais le sol où s'élèveront les murs du Temple devrait être le plus précieux à Dieu. »
Une nuit, Salomon songeait de nouveau à l'emplacement où il devait construire l'édifice. Son ancienne promesse lui pesait, et c'est en vain qu'il cherchait le sommeil. A minuit, ne dormant toujours pas, il décida de se lever et d'aller faire un tour. Il s'habilla rapidement et, sans bruit, afin de n'être pas vu des serviteurs, il se glissa hors du palais.
Il marcha dans Jérusalem endormie, passa à proximité de vastes jardins)et de bosquets qui murmuraient dans le vent et arriva finalement au pied du mont Moria. C'était juste après la moisson, et sur le flanc sud de la montagne se dressaient des gerbes de blé coupé.
Salomon s'adossa au tronc d'un olivier, ferma les yeux et dans son esprit se mirent à défiler les lieux les plus divers de son royaume. Il revit des collines, des vallées et des bois qui lui avaient semblé destinés au Temple, ainsi que des dizaines d'autres lieux où il était arrivé plein d'espoir, mais qu'il avait quittés déçu.
Soudain Salomon entendit des pas. Il ouvrit les yeux et aperçut dans le clair de lune un homme portant dans ses bras une gerbe de blé. «Un voleur!» pensa-t-il tout de suite.
Il s'apprêtait à sortir de sa cachette, dans l'ombre de l'arbre, mais se ravisa au dernier moment. «Attendons plutôt de voir ce que l'homme mijote», se dit-il.
Le visiteur nocturne travaillait vite et sans bruit. Il déposa la gerbe au bord du champ voisin, puis retourna en chercher d'autres, et continua ainsi jusqu'à ce qu'il eût cinquante gerbes. Puis, jetant un coup d’œil hésitant autour de lui pour s'assurer que personne ne l'avait vu, il s'en alla. .
-. «Charmant voisin, pensa Salomon. Le propriétaire du champ ne sait sans doute pas
pourquoi sa moisson diminue la nuit.»
Mais il n'eut pas le temps de réfléchir à la façon de punir le voleur: déjà, non loin de l'olivier sous lequel il s~trouvait, un autre homme arrivait. Il contourna les deux champs prudemment et, croyant.;être seul, prit une gerbe de blé qu'il emporta sur l'autre champ.
Il fit exactement comme le premier visiteur nocturne, si ce n'est qu'il portait le blé en sens inverse. Il reprit ainsi les cinquante gerbes, et repartit sans bruit.
«Ces voisins ne sont pas meilleurs l'un que l'autre, se dit Salomon. Je pensais qu'il n'yen avait qu'un qui volait, mais en fait le voleur lui-même est volé. »
Dès le lendemain, Salomon convoqua les deux propriétaires des champs. Il fit attendre le plus âgé dans une pièce contiguë et interrogea le plus jeune sévèrement: - Dis-moi de quel droit tu prends le blé du champ de ton voisin.
L'homme regarda Salomon avec surprise, et rougit de honte: - Seigneur, répondit-il, jamais je ne me permettrais pareille chose. Le blé que je transporte m'appartient, et je le dépose sur le champ de mon frère. Je souhaitais que personne ne le sache, mais puisque j'ai été surpris, je te dirai la vérité. Mon frère et moi avons hérité de notre pète un champ qui fut partagé en deux moitiés égales, bien que lui soit marié et ait trois enfants, alors que moi je vis seul. Mon frère a besoin de plus de froment que moi, mais il n'accepte pas que je lui donne le moindre épi. C'est pourquoi je lui apporte secrètement les gerbes. A moi, elles ne manquent pas, tandis que lui en a besoin.
Salomon fit passer l'homme dans la pièce contiguë et appela le propriétaire du second champ: -Pourquoi voles-tu ton voisin? s'enquit-il d'un ton rude. Je sais que tu lui prends du blé pendant la nuit.
- Dieu me garde de faire pareille chose, protesta l'homme, horrifié. C'est en vérité tout le contraire, Salomon. Mon frère et moi avons hérité de notre père deux parts égales d’un champ; mais, dans mon travail, je suis aidé par ma femme et mes trois enfants, tandis que lui est seul. Il doit faire venir le faucheur, le lieur et le batteur, de sorte qu'il perd plus d'argent que moi et sera plus tôt dans le besoin. Il ne veut pas accepter de moi un seul grain de blé; c'est pourquoi je lui apporte au moins ces quelques gerbes en secret. A moi, elles ne manquent pas, tandis que lui en a besoin.
Alors Salomon rappela le premier homme et, serrant avec émotion les deux frères dans ses bras, il dit : - J'ai vu bien des choses dans ma vie, mais jamais je n'ai rencontré de frères aussi désintéressés que vous. Pendant des années, vous vous êtes témoigné une bonté réciproque, que vous avez gardée secrète. Je tiens à vous exprimer toute mon affection et vous prie de me pardonner de vous avoir soupçonnés d'être des voleurs, quand vous êtes les hommes les plus nobles de la terre. A présent, j'ai une prière à vous adresser. Vendez-moi vos champs, que je fasse construire sur ce sol sanctifié par l'amour fraternel le Temple de Dieu. Aucun lieu n'en est plus digne, nulle part le Temple ne trouvera de fondements plus solides.
Les frères accédèrent volontiers au vœu de Salomon. Il lui laissèrent leur champ, et le roi d'Israël les en récompensa richement. En échange, il leur donna des terres plus fertiles et plus vastes, et fit annoncer dans tout le pays que l'emplacement pour le Temple de Dieu avait été trouvé. » (D’après Contes juifs, éditions Grund.)
Signe de ce que l’Alliance est solide, quoiqu’il arrive, son fondement symbolisé par ce conte est cette promesse :
“Quand les montagnes s’effondreraient, dit Dieu, Quand les collines chancelleraient, Ma bonté pour toi ne faiblira point et mon alliance de paix ne sera pas ébranlée. Je t’aime d’un amour éternel, et je te garde ma miséricorde” (Ésaïe 54,10).
R.P.,
KT, Antibes,
20 mai 2006
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14 mai 2006
Appelés enfants de Dieu
… et nous le sommes
1 Jean 3
1 Voyez, quel amour le Père nous a donné, puisque nous sommes appelés enfants de Dieu! Et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas: c’est qu’il ne l’a pas connu.
2 Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté; mais nous savons que lorsqu’il sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est.
[…]
16 A ceci, nous avons connu l’amour: c’est qu’il a donné sa vie pour nous. Nous aussi, nous devons donner notre vie pour les frères.
17 Si quelqu’un possède les biens du monde, qu’il voie son frère dans le besoin et qu’il lui ferme son cœur, comment l’amour de Dieu demeurera-t-il en lui?
18 Petits enfants, n’aimons pas en parole ni avec la langue, mais en action et en vérité.
19 Par là nous connaîtrons que nous sommes de la vérité, et nous apaiserons notre cœur devant lui,
20 de quelque manière que notre cœur nous condamne: Dieu est plus grand que notre cœur et connaît tout.
21 Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance devant Dieu.
22 Quoi que ce soit que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable.
23 Et voici son commandement: Que nous croyions au nom de son Fils Jésus-Christ, et que nous nous aimions les uns les autres, selon le commandement qu’il nous a donné.
24 Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui; et nous reconnaissons à ceci qu’il demeure en nous, par l’Esprit qu’il nous a donné.
*
« Voyez quel amour le Père nous a donné, puisque nous sommes appelés enfants de Dieu. » Comment l’Épître en arrive-t-elle à une telle affirmation ? — : nous sommes appelés enfants de Dieu — du fait que Dieu nous a aimés, au point que l’Épître pourra dire finalement carrément : Dieu est amour / ou, selon la traduction, sans doute préférable, moins vague, de Chouraqui Dieu est chérissement : voyez quel amour le Père nous a donné, de quel amour il nous a chéris.
Rien d’évident dans une telle assertion — le Père nous a chéris —, sachant ce qu’est le monde, le cauchemar du monde — dont Dieu est tout de même le créateur ! —, sachant la haine de ce monde ennemi, que rappelle aussi l’Épître. Comment peut-on dire que Dieu nous aime, que Dieu est amour ?! Parole incroyable, ou, si on la prend au sérieux, une telle parole — le Père nous a aimés — pose ipso facto une mystérieuse souffrance en Dieu ; et effectivement ce qui fonde cette assertion, c’est qu’ « à ceci, nous avons connu l’amour: c’est qu’il a donné sa vie pour nous » (v. 16). La croix ! Amour égale, d’une façon ou d’une autre, souffrance.
Et en parallèle, non moins mystérieux, cette souffrance — exprimée à la croix, signe du don de sa vie — cette souffrance dans cet amour, fonde un détachement à l’égard du monde ; le détachement par la croix — « je ne suis plus dans le monde » disait Jésus pour ses disciples à l’approche de sa mort — détachement qui ouvre pour les disciples l’entrée dans l’amour de Dieu (« Nous aussi, nous devons donner notre vie pour les frères » — v. 16), — détachement, puisque, n’oublions pas, l’amour du monde est en opposition à l’amour de Dieu.
C’est tout cela que pose notre confession que Jésus est le fils de Dieu, manifestant Dieu comme Dieu-amour, Dieu qui nous chérit, donnant « sa vie pour nous » — ce qui atteste que Dieu nous reçoit comme ses enfants. Voilà qui demande éclaircissement.
*
Ainsi Dieu nous a aimés de sorte que nous sommes enfants de Dieu — réellement, précise l’Épître…, et cela ne se voit pas — tout comme, au regard de ce que sont les choses, il ne se voit pas que Dieu est amour.
C’est de la même sorte, donc, que nous sommes enfants de Dieu ; et que cela ne se voit pas, n’est pas encore clairement révélé — « nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ». Chose difficile à exprimer, qui correspond aussi au « pouvoir de devenir enfants de Dieu » du Prologue de l’Évangile de Jean, « pouvoir », c’est-à-dire « pas encore », « pas tout à fait ». En d’autres termes c’est là une réalité déjà avérée — « nous le sommes » —, déjà donnée à la foi au Ressuscité ; mais qui n’extrait pas du monde pour autant — chose déjà vraie, mais pas encore pleinement réalisée, comme le papillon et la chrysalide.
Ici « enfants de Dieu », ne veut évidemment pas dire simplement créatures, mais parle de filiation intérieure, ce don de la foi. Il s’agit de participation à la filiation du Ressuscité. Bref, nous sommes déjà ressuscités, mais le monde et tout ce qui fait son cortège de douleur et de malheur, qui prospèrent par le péché, persistent.
Où la dualité tragique nous traverse jusqu’au jour où « nous deviendrons semblables à lui », où ce que nous sommes réellement sera « clairement révélé ».
*
Car en attendant, qui prétendrait accomplir correctement ce que Dieu demande ? Nous l’avons entendu — ce détachement qui seul fonde l’amour : « Si quelqu’un possède les biens du monde, qu’il voie son frère dans le besoin et qu’il lui ferme son cœur », il manifeste par là être du monde — ne pas croire, ou pas tout à fait, que la vérité n’est pas de ce monde, qui, lui, est illusoire.
Eh bien, le fondement de l’amour / charité est la foi au Ressuscité, porte de la naissance au monde d’en haut — qui se traduit par un détachement des « biens » illusoires de ce monde (qui voudraient nous laisser comme prisonniers de notre chrysalide) — un détachement qui ne sera complet que lors de l’éclosion finale de l’être intérieur, enfant de Dieu. Ce détachement est concrétisé par ce signe de l’abandon des biens illusoires qu’est leur partage concret, « en action et en vérité ».
Attitude inverse à celle de Caïn (cité au v. 12 : « ne faisons pas comme Caïn, qui était du Malin et qui égorgea son frère » — Caïn dont le nom a comme racine « possession ». « Possession » des biens illusoires comme origine — dès le commencement — de la haine et du meurtre.
Être passé de la mort à la vie — détaché, dépossédé de ce monde — libère non « pas en parole ni avec la langue, mais en action et en vérité ».
C’est le critère de notre communion avec Dieu, de notre paix : aimer en vérité. Mais alors voilà qui peut être inquiétant, et pas du tout apaisant. En effet, qui prétendra être à la mesure ? Comment dans ce cas, notre conscience, notre cœur, ne nous condamneraient-il pas, au fond ?
*
Eh bien, « De quelque manière que notre cœur nous condamne : Dieu est plus grand que notre cœur ». Parole décisive quand « l’apaisement de notre cœur », quand notre paix devant lui, est en rapport avec ce critère de notre connaissance de la vérité qui est que nous gardions ses commandements.
Car apparemment, il y a là tout pour n’être pas suffisamment apaisés devant lui : garder ses commandements, « que nous nous aimions les uns les autres » ! Qui est à la mesure ?
Eh bien « de quelque manière que notre cœur nous condamne: Dieu est plus grand que notre cœur et connaît tout. »
Il y a là, dans cette connaissance, suffisamment pour que « notre cœur ne nous condamne pas, [et que nous ayons] de l’assurance devant Dieu » — puisque Dieu, en effet, est plus grand que notre cœur, plus grand que notre conscience qui aurait tout pour nous condamner. Il n’y a donc d’assurance qu’en Dieu, de conscience apaisée qu’en Dieu.
C’est ainsi que son commandement, le fondement de son commandement, est bien « que nous croyions au nom de son Fils Jésus-Christ ».
Une parole de Luther a bien exprimé cela : « […] à bon droit on attribue à la foi un pouvoir assez grand pour qu'elle puisse satisfaire aux exigences de tous les commandements et qu'elle nous justifie sans le concours d'aucune bonne œuvre. Car […] elle satisfait aux exigences du premier commandement qui prescrit : "Tu honoreras un seul Dieu." Quand vous ne seriez que bonnes œuvres des pieds à la tête, vous ne seriez quand même pas juste, vous n'honoreriez encore nullement Dieu et vous ne satisferiez pas aux exigences du tout premier d'entre les commandements. Car il n'est pas possible d'honorer Dieu sans lui reconnaître la véracité et toutes les qualités, comme il les possède d'ailleurs vraiment. C'est ce que ne fait aucune bonne œuvre, mais seule le fait la foi du cœur.
Aussi est-ce en elle seule que l'homme devient juste et satisfait aux exigences de tous les commandements. Car celui qui satisfait aux exigences du premier et du plus important d'entre les commandements, satisfera sûrement et aisément aux exigences de tous les autres commandements » (Traité de liberté du chrétien, éd. GF p. 214).
Alors l’autre partie de son commandement, « que nous nous aimions les uns les autres », devient, non pas parole impossible qui verrait à nouveau notre cœur nous condamner, mais expression de la liberté qui est dans la conscience libérée par celui qui est plus grand que notre conscience « et nous reconnaissons à ceci qu’il demeure en nous, par l’Esprit qu’il nous a donné. »
« SEIGNEUR, écoute ma prière, prête l’oreille à mes supplications, par ta fidélité, par ta justice, réponds-moi!
N’entre pas en jugement avec ton serviteur, car nul vivant n’est juste devant toi.
[…] Dès le matin, annonce-moi ta fidélité, car je compte sur toi. Révèle-moi le chemin à suivre, car je suis tendu vers toi.
SEIGNEUR, délivre-moi de mes ennemis ; Je me cache auprès de toi.
Enseigne-moi à faire ta volonté! Car c’est toi mon Dieu. Que ton Esprit me guide avec bienveillance sur un sol sans obstacle. » (Psaume 143, 1-2 & 8-10)
Esprit nous irriguant comme la sève du cep irrigue les sarments selon le texte de l’Évangile de ce jour, que nous lirons à présent :
Jean 15, 1-8 :
1 "Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron.
2 Tout sarment qui, en moi, ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il en porte davantage encore.
3 Déjà vous êtes émondés par la parole que je vous ai dite.
4 Demeurez en moi comme je demeure en vous! De même que le sarment, s’il ne demeure sur la vigne, ne peut de lui-même porter du fruit, ainsi vous non plus si vous ne demeurez en moi.
5 Je suis la vigne, vous êtes les sarments: celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là portera du fruit en abondance car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.
6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, il se dessèche, puis on les ramasse, on les jette au feu et ils brûlent.
7 Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez, et cela vous arrivera.
8 Ce qui glorifie mon Père, c’est que vous portiez du fruit en abondance et que vous soyez pour moi des disciples.
C’est de la même façon que nous sommes déclarés enfants de Dieu, par la foi : « à qui croit en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu » (Jean 1, 12) — « Voyez, quel amour le Père nous a donné, puisque nous sommes appelés enfants de Dieu ! Et nous le sommes réellement ».
R.P.
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08 mai 2006
Rois et prophètes
Les habits neufs du roi
1 Samuel 8, 4-22a
4 Tous les anciens [du peuple] se rassemblèrent et vinrent trouver Samuel [...].
5 Ils lui dirent: "Te voilà devenu vieux et tes fils ne marchent pas sur tes traces. Maintenant donc, donne-nous un roi pour nous juger comme toutes les nations."6 Il déplut à Samuel qu’ils aient dit: "Donne-nous un roi pour nous juger." Et Samuel intercéda auprès du SEIGNEUR.
7 Le SEIGNEUR dit à Samuel: "Ecoute la voix du peuple en tout ce qu’ils te diront. Ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi. Ils ne veulent plus que je règne sur eux.
8 Comme ils ont agi depuis le jour où je les ai fait monter d’Egypte jusqu’aujourd’hui, m’abandonnant pour servir d’autres dieux, ainsi agissent-ils aussi envers toi.
9 Maintenant donc, écoute leur voix. Mais ne manque pas de les avertir: apprends-leur comment gouvernera le roi qui régnera sur eux."
10 Samuel redit toutes les paroles du SEIGNEUR au peuple qui lui demandait un roi.
11 Il dit: "Voici comment gouvernera le roi qui régnera sur vous: il prendra vos fils pour les affecter à ses chars et à sa cavalerie, et ils courront devant son char.
12 Il les prendra pour s’en faire des chefs de millier et des chefs de cinquantaine, pour labourer son labour, pour moissonner sa moisson, pour fabriquer ses armes et ses harnais.
13 Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et boulangères.
14 Il prendra vos champs, vos vignes et vos oliviers les meilleurs. Il les prendra et les donnera à ses serviteurs.
15 Il lèvera [l’impôt] sur vos grains et sur vos vignes et la donnera à ses eunuques et à ses serviteurs.
16 Il prendra vos serviteurs et vos servantes, les meilleurs de vos jeunes gens et vos ânes pour les mettre à son service.
17 Il lèvera [l’impôt] sur vos troupeaux. Vous-mêmes enfin, vous deviendrez ses esclaves.
18 Ce jour-là, vous crierez à cause de ce roi que vous vous serez choisi, mais, ce jour-là, le SEIGNEUR ne vous répondra point."
19 Mais le peuple refusa d’écouter la voix de Samuel. "Non, dirent-ils. C’est un roi que nous aurons.
20 Et nous serons, nous aussi, comme toutes les nations. Notre roi nous jugera, il sortira à notre tête et combattra nos combats."
21 Samuel écouta toutes les paroles du peuple et les répéta aux oreilles du SEIGNEUR.
22 Le SEIGNEUR dit alors à Samuel: "Ecoute leur voix et donne-leur un roi."
*
Il y a de longues années, vivait un roi qui aimait plus que tout les habits neufs, qui dépensait tout son argent pour être bien habillé. Il ne se souciait pas de ses soldats, ni du théâtre, ni de ses promenades dans les bois, si ce n'était pour faire montre de ses vêtements neufs. Il avait un costume pour chaque heure de chaque jour de la semaine et tandis qu'on dit habituellement d'un roi qu'il est au conseil, on disait toujours de lui: "Le roi est dans sa garde-robe!"
Dans la grande ville où il habitait, la vie était gaie et chaque jour beaucoup d'étrangers arrivaient. Un jour, arrivèrent deux escrocs qui affirmèrent être tisserands et être capables de pouvoir tisser la plus belle étoffe que l'on pût imaginer. Non seulement les couleurs et le motif seraient exceptionnellement beaux, mais les vêtements qui en seraient confectionnés posséderaient l'étonnante propriété d'être invisibles aux yeux de ceux qui ne convenaient pas à leurs fonctions ou qui étaient simplement idiots.
"Ce serait des vêtements précieux", se dit le roi. "Si j'en avais de pareils, je pourrais découvrir qui, de mes sujets, ne sied pas à ses fonctions et départager les intelligents des imbéciles ! Je dois sur-le-champ me faire tisser cette étoffe!" Il donna aux deux escrocs une avance sur leur travail et ceux-ci se mirent à l'ouvrage.
Ils installèrent deux métiers à tisser, mais ils firent semblant de travailler car il n'y avait absolument aucun fil sur le métier. Ils demandèrent la soie la plus fine et l'or le plus précieux qu'ils prirent pour eux et restèrent sur leurs métiers vides jusqu'à bien tard dans la nuit.
"Je voudrais bien savoir où ils en sont avec l'étoffe!", se dit le roi. Mais il se sentait mal à l'aise à l'idée qu'elle soit invisible aux yeux de ceux qui sont sots ou mal dans leur fonction. Il se dit qu'il n'avait rien à craindre pour lui-même, mais préféra dépêcher quelqu'un d'autre pour voir comment cela se passait. Chacun dans la ville connaissait les qualités exceptionnelles de l'étoffe et tous étaient avides de savoir combien leur voisin était inapte ou idiot.
"Je vais envoyer mon vieux et honnête ministre auprès des tisserands", se dit le roi. "Il est le mieux à même de juger de l'allure de l'étoffe; il est d'une grande intelligence et personne ne fait mieux son travail que lui!"
Le vieux et bon ministre alla donc dans l'atelier où les deux escrocs étaient assis, travaillant sur leurs métiers vides. "Que Dieu nous garde!", pensa le ministre en écarquillant les yeux. "Je ne vois rien du tout!" Mais il se garda bien de le dire.
Les deux escrocs l'invitèrent à s'approcher et lui demandèrent si ce n'étaient pas là en effet un joli motif et de magnifiques couleurs. Puis, ils lui montrèrent un métier vide. Le pauvre vieux ministre écarquilla encore plus les yeux, mais il ne vit toujours rien, puisqu'il n'y avait rien. "Mon Dieu, pensa-t-il, serais-je sot? Je ne l'aurais jamais cru et personne ne devrait le savoir! Serais-je inapte à mon travail? Non, il ne faut pas que je raconte que je ne peux pas voir l'étoffe."
"Eh bien, qu'en dites-vous ?", demanda l'un des tisserands.
"Oh, c'est ravissant, tout ce qu'il y a de plus joli !", répondit le vieux ministre, en regardant au travers de ses lunettes. "Ce motif et ces couleurs! Je ne manquerai pas de dire au roi que tout cela me plaît beaucoup!"
"Nous nous en réjouissons!", dirent les deux tisserands. Puis, ils nommèrent les couleurs et discutèrent du motif. Le vieux ministre écouta attentivement afin de pouvoir lui-même en parler lorsqu'il serait de retour auprès du roi; et c'est ce qu'il fit.
Les deux escrocs exigèrent encore plus d'argent, plus de soie et plus d'or pour leur tissage. Ils mettaient tout dans leurs poches et rien sur les métiers; mais ils continuèrent, comme ils l'avaient fait jusqu'ici, à faire semblant de travailler.
Le roi envoya bientôt un autre honnête fonctionnaire pour voir où en était le travail et quand l'étoffe serait bientôt prête. Il arriva à cet homme ce qui était arrivé au ministre: il regarda et regarda encore, mais comme il n'y avait rien sur le métier, il ne put rien y voir.
"N'est-ce pas là un magnifique morceau d'étoffe?", lui demandèrent les deux escrocs en lui montrant et lui expliquant les splendides motifs qui n'existaient tout simplement pas.
"Je ne suis pas sot, se dit le fonctionnaire; ce serait donc que je ne conviens pas à mes fonctions? Ce serait plutôt étrange, mais je ne dois pas le laisser paraître!" Et il fit l'éloge de l'étoffe, qu'il n'avait pas vue, puis il exprima la joie que lui procuraient les couleurs et le merveilleux motif. "Oui, c'est tout à fait merveilleux!", dit-il au roi.
Dans la ville, tout le monde parlait de la magnifique étoffe, et le roi voulu la voir de ses propres yeux tandis qu'elle se trouvait encore sur le métier. Accompagné de toute une foule de dignitaires, dont le ministre et le fonctionnaire, il alla chez les deux escrocs, lesquels s'affairaient à tisser sans le moindre fil.
"N'est-ce pas magnifique?", dirent les deux fonctionnaires qui étaient déjà venus. "Que Votre Majesté admire les motifs et les couleurs!" Puis, ils montrèrent du doigt un métier vide, s'imaginant que les autres pouvaient y voir quelque chose.
"Comment!, pensa le roi, mais je ne vois rien! C'est affreux! Serais-je sot? Ne serais-je pas fait pour être roi? Ce serait bien la chose la plus terrible qui puisse jamais m'arriver."
"Magnifique, ravissant, parfait, dit-il finalement, je donne ma plus haute approbation!" Il hocha la tête, en signe de satisfaction, et contempla le métier vide; mais il se garda bien de dire qu'il ne voyait rien. Tous les membres de la suite qui l'avait accompagné regardèrent et regardèrent encore; mais comme pour tous les autres, rien ne leur apparût et tous dirent comme le roi: "C'est véritablement très beau !" Puis ils conseillèrent au roi de porter ces magnifiques vêtements pour la première fois à l'occasion d'une grande fête qui devrait avoir lieu très bientôt.
Merveilleux était le mot que l'on entendait sur toutes les lèvres, et tous semblaient se réjouir. Le roi décora chacun des escrocs d'une croix de chevalier qu'ils mirent à leur boutonnière et il leur donna le titre de gentilshommes tisserands.
La nuit qui précéda le matin de la fête, les escrocs restèrent à travailler avec seize chandelles. Tous les gens pouvaient se rendre compte du mal qu'ils se donnaient pour terminer les habits du roi. Les tisserands firent semblant d'enlever l'étoffe de sur le métier, coupèrent dans l'air avec de gros ciseaux, cousirent avec des aiguilles sans fils et dirent finalement: "Voyez, les habits neufs du roi sont à présent terminés !"
"Voyez, Majesté, voici le pantalon, voilà la veste, voilà le manteau!" et ainsi de suite. "C'est aussi léger qu'une toile d'araignée; on croirait presque qu'on n'a rien sur le corps, mais c'est là toute la beauté de la chose!"
"Oui, oui !", dirent tous les courtisans, mais ils ne pouvaient rien voir, puisqu'il n'y avait rien.
"Votre Majesté Impériale veut-elle avoir l'insigne bonté d'ôter ses vêtements afin que nous puissions lui mettre les nouveaux, là, devant le grand miroir !"
Le roi enleva tous ses beaux vêtements et les escrocs firent comme s'ils lui enfilaient chacune des pièces du nouvel habit qui, apparemment, venait tout juste d'être cousu. Le roi se tourna et se retourna devant le miroir.
"Dieu ! comme cela vous va bien. Quels dessins, quelles couleurs", s'exclamait tout le monde.
"Ceux qui doivent porter le dais au-dessus de Votre Majesté ouvrant la procession sont arrivés", dit le maître des cérémonies.
"Je suis prêt", dit le roi. "Est-ce que cela ne me va pas bien ? Et il en se tourna encore une fois devant le miroir, car il devait faire semblant de bien contempler son costume.
Les chambellans qui devaient porter la traîne du manteau de cour tâtonnaient de leurs mains le parquet, faisant semblant d'attraper et de soulever la traîne. Ils allèrent et firent comme s'ils tenaient quelque chose dans les airs; ils ne voulaient pas risquer que l'on remarquât qu'ils ne pouvaient rien voir.
C'est ainsi que le roi marchait devant la procession sous le magnifique dais, et tous ceux qui se trouvaient dans la rue ou aux fenêtre disaient: "Les habits neufs du roi sont admirables ! Quel manteau avec traîne de toute beauté, comme elle s'étale avec splendeur !" Personne ne voulait laisser paraître qu'il ne voyait rien, puisque cela aurait montré qu'il était incapable dans sa fonction ou simplement un sot. Aucun habit neuf du roi n'avait connu un tel succès.
"Mais il n'a pas d'habit du tout !", cria petit enfant dans la foule.
"Entendez la voix de l'innocence!", dit le père; et chacun murmura à son voisin ce que l'enfant avait dit.
Puis la foule entière se mit à crier: "Mais il n'a pas d'habit du tout!" Le roi frissonna, car il lui semblait bien que le peuple avait raison, mais il se dit: "Maintenant, je dois tenir bon jusqu'à la fin de la procession." Et le cortège poursuivit sa route et les chambellans continuèrent de porter la traîne, qui n'existait pas.
Conte de Hans Christian ANDERSEN
intitulé Les habits neufs de l'empereur, 1837
*
Jean 18, 36-37
36 Jésus répondit [à Pilate devant qui il comparaissait] : "Ma royauté n’est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, les miens auraient combattu pour que je ne sois pas livré [pour être condamné]. Mais ma royauté, maintenant, n’est pas d’ici."
37 Pilate lui dit alors: "Tu es donc roi?" Jésus lui répondit: "C’est toi qui dis que je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix."
R.P.
KT Antibes
6 mai 2006
15:10 Ecrit par dans Pause caté | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23 avril 2006
Comme pour l’envol d’un papillon…
JÉSUS SOUFFLA SUR EUX
19 Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que, par crainte des Judéens, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, il se tint au milieu d’eux et il leur dit : "La paix soit avec vous."
20 Tout en parlant, il leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie.
21 Alors, à nouveau, Jésus leur dit : "La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie."
22 Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : "Recevez l’Esprit Saint ;
23 ceux pour qui vous remettez les péchés, ils leur ont été remis. Ceux pour qui vous les soumettez, ils leur ont été soumis."
24 Cependant Thomas, l’un des Douze, celui qu’on appelle Didyme, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint.
25 Les autres disciples lui dirent donc : "Nous avons vu le Seigneur !" Mais il leur répondit : "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n’enfonce pas mon doigt à la place des clous et si je n’enfonce pas ma main dans son côté, je ne croirai pas !"
26 Or huit jours plus tard, les disciples étaient à nouveau réunis dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vint, toutes portes verrouillées, il se tint au milieu d’eux et leur dit :
"La paix soit avec vous."
27 Ensuite il dit à Thomas : "Avance ton doigt ici et regarde mes mains; avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d’être incrédule et deviens un homme de foi."
28 Thomas lui répondit : "Mon Seigneur et mon Dieu."
29 Jésus lui dit : "Parce que tu m’as vu, tu as cru; bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru."
30 Jésus a opéré sous les yeux de ses disciples bien d’autres signes qui ne sont pas rapportés dans ce livre.
31 Ceux-ci l’ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom.
*
Les paraboles animalières me semblent particulièrement parlantes pour illustrer la résurrection. En l’occurrence les métamorphoses d’insectes. Ceux qui lisent ce blog ou qui étaient à Antibes la semaine dernière m’ont entendu parler de chenilles et de papillons, à propos de ce que la résurrection nous semble tellement impossible. Impossible ! Les disciples, et Thomas, en sont naturellement là. Une chenille peut-elle voler ? Non évidemment. Pas comme chenille. Mais… comme papillon…
*
Pour ne pas reprendre l’histoire de la chenille, je passerai à d’autres insectes, pour illustrer aujourd’hui deux choses : à la fois le thème de la résurrection et celui, de cette semaine, de la peur, de la crainte des disciples.
Quelques comparaisons entomologiques — « insectiformes » — : prenons la cigale : la cigale femelle - après l'accouplement, à l'aide de son ovipositeur, situé à l'extrémité de l'abdomen, incise l'écorce des arbres pour y pondre ses œufs. Une femelle peut pondre jusqu'à six cents œufs. Les jeunes sans ailes, appelés nymphes, éclosent après six semaines environ et tombent sur le sol où ils s'enfoncent de quelques centimètres. Se nourrissant de la sève des racines, ils se développent lentement. Il leur faut parfois plusieurs années pour arriver à maturité. Quand ils émergent enfin, ils grimpent sur le tronc, s'y fixent et muent. Les adultes émergent de leur enveloppe nymphale, sèchent en quelques heures, s’envolent, s'accouplent et se nourrissent de plantes jusqu'à ce qu'ils meurent environ un mois plus tard.
Environ un mois avant de disparaître. Comme, pour les disciples, pour en revenir à eux, le temps des apparitions du Christ, de Pâques à l’Ascension…
*
En attendant :
« Par crainte des Judéens, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, »
Puis ils vont passer de la crainte (des Judéens, de la part de ces Galiléens : pas des juifs ! - on n'est pas dans une querelle religieuse !) à la libération : « Jésus vint, il se tint au milieu d’eux et il leur dit : "La paix soit avec vous." »
Revenons à nos insectes :
Certains papillons, en présentant de fortes ressemblances avec d'autres espèces (mimétisme dit batésien), bénéficient d'une protection passive contre les prédateurs. Chez de nombreux papillons, la coloration des ailes joue un rôle dans la protection contre les prédateurs. Certaines espèces sont difficilement détectables dans leur environnement forestier grâce aux motifs complexes qui ornent leurs ailes.
Ils se cachent. Comme les disciples, qui vont ensuite passer de la crainte à la libération ; c’est-à-dire : à la Mission : « Jésus leur dit : "La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie." » - Recevez l’Esprit Saint : et déliez ceux qui sont liés – cf. Mt 16, 19.
Jésus souffla sur eux comme pour l’envol d’une cigale ou d’un papillon sortant de sa chrysalide. Souffle de l’Esprit…
« Recevez l’Esprit Saint ». Cet Esprit qui vient du Père seul, le Père l’envoie par Jésus à qui il a été remis. Ici s’ouvre la porte de la liberté à laquelle nous sommes invités à notre tour.
Et cette liberté est une question de pardon. D’où la réserve qu’il faut avoir quant à la traduction qui veut que Jésus dise aux Apôtres : « ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » Comme si les Apôtres avaient pour mission de retenir captifs de leurs péchés certains de ceux à qui ils sont envoyés !
Les Apôtres sont envoyés pour communiquer la libération que Jésus vient de leur octroyer dans le don de l’Esprit saint. De la communiquer abondamment. Pas de la mégoter.
Il se trouve qu’une toute autre traduction de cette parole est possible, que je crois devoir proposer : « ceux pour qui vous remettez les péchés, ils leur ont été remis. Ceux pour qui vous les soumettez, ils leur ont été soumis ».
Voilà donc qui donne tout autre chose : remettre les péchés et les soumettre. Deux faces de la libération. Remettre les péchés, c’est pardonner, soumettre les péchés, c’est permettre de les dominer. Être libéré du fruit du péché.
*
Thomas, lui, n’était pas là. Ils disent avoir vu. Mais y a-t-il un rapport entre ce qu’ils ont vu et le Crucifié ? Après tout : c’est cela que Thomas veut savoir.
Si l’on n’assiste pas à l’éclosion d’une cigale, on est en droit de se poser la question du rapport entre elle et sa lourde larve souterraine. J’ai assisté à une telle éclosion. Il faut vraiment l’avoir vu : c’est étonnant. Effectivement c’est le même insecte. Mais il faut avouer qu’on ne le dirait pas…
Ce sont les libellules qui illustrent la réponse qu’obtient Thomas…
Les libellules déposent leurs œufs dans l'eau, sur la tige des plantes aquatiques ; d'autres, notamment des ‘demoiselles’, incisent la tige des plantes à la surface de l'eau ou sous l'eau et y déposent des œufs de forme allongée. Dans toutes les espèces, les œufs donnent des larves aquatiques, qui peuvent subir une quinzaine de mues avant la métamorphose, donnant la forme adulte, ailée. Parce que les larves ressemblent beaucoup aux adultes (mis à part les ailes et le mode de vie), la métamorphose est dite incomplète. Chez les libellules, le stade larvaire dure de un à trois ans.
Comme pour les disciples le temps auprès de Jésus… Puis il est cloué. Et Thomas touche les plaies du Ressuscité. Plaies dans les mains et le côté – avant et après résurrection ; métamorphose dite incomplète… Bref, c’est bien le même, en d’autres termes.
* * *
Cela s’est passé « huit jours plus tard » que le premier dimanche de Pâques, la première partie de notre texte nous l’a rappelé :
« Ce même jour qui était le premier de la semaine » ;
« Huit jours plus tard, les disciples étaient à nouveau réunis » : ainsi commence la deuxième partie du texte celle où apparaît Thomas.
Dimanche de culte, les deux fois : les deux premiers dimanches de culte ; et comme pour tous les autres, le Christ est présent ; une présence alors visible, provisoirement ; une présence désormais invisible. Ou : la seule visibilité est celle des sacrements : voir et toucher… C’est cela qu’enseigne l’épisode de Thomas.
"Mon Seigneur et mon Dieu", confesse-t-il alors.
"La paix soit avec vous", a dit Jésus pour la troisième fois.
R.P.,
Vence,
23 avril 2006
12:40 Ecrit par dans Dimanches & fêtes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16 avril 2006
Pâques
Colossiens 3, 1-4
1 Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ;
2 fondez vos pensées en haut, non sur la terre.
3 Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu.
4 Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.
Jean 20, 1-10
1 Le premier jour de la semaine, à l’aube, alors qu’il faisait encore sombre, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau.
2 Elle court, rejoint Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit: "On a enlevé du tombeau le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis."
3 Alors Pierre sortit, ainsi que l’autre disciple, et ils allèrent au tombeau.
4 Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
5 Il se penche et voit les bandelettes qui étaient posées là. Toutefois il n’entra pas.
6 Arrive, à son tour, Simon-Pierre qui le suivait; il entre dans le tombeau et considère les bandelettes posées là
7 et le linge qui avait recouvert la tête; celui-ci n’avait pas été déposé avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre endroit.
8 C’est alors que l’autre disciple, celui qui était arrivé le premier, entra à son tour dans le tombeau; il vit et il crut.
9 En effet, ils n’avaient pas encore compris l’Ecriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts.
10 Après quoi, les disciples s’en retournèrent chez eux.
*
La science nous dit : la résurrection est impossible. Elle a raison. C’est là le tragique de notre condition. Une chenille peut-elle voler ? Non évidemment. Écoutez l’histoire de la chenille :
Les femelles papillons pondent des œufs — de quelques œufs à plusieurs milliers selon les espèces. Lorsque les chenilles éclosent, elles commencent par manger la coquille de leur œuf. Ensuite, elles sont herbivores, pour la plupart, parfois spécialisées dans la consommation d'une plante bien précise. D’autres sont carnivores. Leur corps est mou, cylindrique et possède cinq paires de fausses pattes outre les trois paires de vraies pattes situées sur le thorax. Elles continuent de muer avant de passer au stade de nymphe ou chrysalide. Rien à voir, apparemment, avec le papillon.
Les chenilles subissent une métamorphose complète et leur cycle de vie comporte trois stades : l'œuf, la chenille, la chrysalide, plus un quatrième stade, le papillon
Concernant les trois premiers stades, cela pourrait ressembler à l’homme : le stade fœtal, puis notre stade, puis la tombe. Fin. Ici, manquerait donc un stade. Pour la chenille en sa tombe nymphale, les choses bougent… puisqu’il y a le quatrième stade, papillon.
Les chenilles de papillons de nuit s'enroulent alors dans un cocon de soie — comme un linceul — soie sécrétée par des glandes dites séricigènes (c’est-à-dire des glandes à soie), qui sont une sorte de glandes salivaires. Les chenilles de papillons de jour, en revanche, ne construisent pas de cocon : la chrysalide reste à l'air libre.
La majorité des espèces passe l'hiver sous forme de chrysalide. Le développement est alors stoppé ; c'est la diapause. C’est comme une mort…
Pendant le stade nymphal, le stade de chrysalide, le corps se transforme totalement.
La chenille de papillon subit de profondes transformations anatomiques, notamment la formation des ailes, des antennes, de la trompe. C'est la métamorphose, dont le résultat est un papillon sous sa forme adulte (appelé par les spécialistes « imago »). Les ailes de l'adulte se déplient et il s’envole.
Belle parabole que nous donne là la nature…
*
« Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu », écrit l’Apôtre.
Qu’est-ce qui nous constitue, que sommes-nous en réalité ? Nous confondons aisément notre être avec notre enveloppe temporelle. Demandez si nos cheveux et ongles, par exemple, sont une partie de nous-même. Quelle réponse ? Réponse spontanée et irréfutable : oui, bien sûr !
Ah ! bon ? Quand je me coupe les cheveux ou les ongles, une partie de mon être part-elle à la poubelle avec les chutes ou les rognures ? Nouvelle réponse sans ambiguïté : non évidemment !
Voilà quoiqu’il en soit une illustration remarquable du propos de l’Apôtre Paul sur le dépouillement du vieil homme, comme il dit, ou de ce corps de mort, comme il dit aussi. Voilà donc une enveloppe temporelle dont nous nous dépouillons, déjà cheveu par cheveu, rognure par rognure ; une enveloppe, qui s’use de toute façon, qui se dégrade de jour en jour ; jusqu’au moment où il faudra la quitter comme un vêtement qui a fait son temps.
Lorsqu’un ami s’est absenté après avoir coupé ses ongles, vais-je à la poubelle à sa recherche, par la recherche de ses rognures d’ongle ? Non évidemment ! Il n’est pas ici.
C’est à peu près ce que constate Marie au dimanche de Pâques : il n’est pas ici. Et pour qu’on ne s’y trompe pas, le corps, effectivement, n’est pas là. Ce corps, cette enveloppe, qu’il a dépouillée à la croix. « Recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ », confirmera l’Apôtre.
Il a dépouillé le corps temporel, provisoire, douloureux, et il s’est relevé d’entre les morts. Le tombeau est vide ; et pour que cela soit bien clair, la pierre en a été roulée pour que nous n’y restions pas.
Comme pour dire : la mission commence où demeurent les vôtres, les êtres humains, elle est où vous êtes envoyés, pas autour d’un tombeau.
Ce qui rend surprenant que l’on ait développé le culte du tombeau vide, du saint sépulcre, et des rognures d’ongles et autres reliques de Jésus.
D’autant plus surprenant — et cela nous ramènerait même au cœur de l’actualité — que cela a même initié des guerres, je pense notamment, mais pas seulement, aux Croisades, cas frappant : il s’agissait ici de garantir les pèlerinages au tombeau vide. Cela pour s’entendre dire qu’il n’est pas là ?
C’est là en effet ce que découvrent les uns après les autres les témoins de la résurrection : il n’est pas ici. Marie de Magdala, Pierre, l’autre disciple. Allez chez vous, allez au bout du monde, dans la Cité terrestre, il vous y précède.
Parce que ce qui vaut pour lui, et c’est là que son relèvement d’entre les morts est aussi un dévoilement, une révélation ; ce qui vaut pour lui, vaut, en lui, aussi pour nous. Un dévoilement par vagues successives, comme de gloire en gloire (2 Co 3:18).
« Votre vie est cachée avec Christ en Dieu ». « Vous êtes ressuscités avec le Christ. » Notre vrai être n’est pas dans nos rognures de corps, mais en haut, avec lui, à la droite de Dieu.
Ce qui ne rend pas nos corps temporels insignifiants. Ils sont la manifestation visible de ce que nous sommes de façon cachée, en haut. Et le lieu de la solidarité. Le corps — lieu de solidarité — que le Christ s’est vu tisser dans le sein de la Vierge Marie manifeste dans notre temps ce qu’il est définitivement devant Dieu, et qui nous apparaît dans sa résurrection.
Il est un autre niveau de réalité, celui qui apparaît dans la résurrection. Or nous en sommes aussi, à notre tour de façon cachée. C’est cet autre niveau qu’il nous faut rechercher, pour y fonder notre vie et notre comportement dans le provisoire.
*
« Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire », promet l’Apôtre.
Car la résurrection n’est point, pas plus que la métamorphose de la chrysalide, retour au passé, retour avant la mort. Vous connaissez la tradition de la souris : la souris qui vient emporter la dent de lait qu’a perdue l’enfant. Au matin, la dent n’est plus là, remplacée par la promesse d’un lendemain plus grand. Avec un cadeau, déposé à la place de la dent par la souris ; la souris qui par là, tel l’Ange du dimanche de Pâques, dit ainsi silencieusement à l’enfant : ne cherche plus ta dent, ton passé d’enfant est un peu mort cette nuit avec elle ; mais console-t-en par ce cadeau, et pars pour demain : ta vraie vie est cachée dans ton demain.
Vains les combats à la recherche du passé, comme recherche d’un tombeau vide ! Autant de poursuites de dents que la souris a définitivement emportées.
Mais que de dommages en de tels combats, que de larmes à la recherche d’un hier révolu. Que de combats semblables ne menons-nous pas, espèces de Croisades et de courses aux reliques, reliques de nos hier, jusqu’à aujourd’hui !
Et pourtant, elle nous est donnée, cette parole : « recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ; fondez vos pensées en haut, non sur la terre. Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. »
Lorsque au matin de Pâques, Marie et les deux disciples ont vu leur foi s’ouvrir, il leur faut quitter le tombeau vide, après cette série d’allers-retours, de l’étonnement à la foi, où les étapes de la prise de conscience de la réalité de la résurrection se croisent de l’un à l’autre, entre Marie, Pierre et l’autre disciple. Le chemin de la sanctification se dévoile comme étant celui de la prise de conscience de la réalité de la résurrection du Christ. Ici, c’est Dieu lui-même qui donne le signe qui ouvre définitivement les cieux.
Alors désormais, « recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ; fondez vos pensées en haut ». C’est-à-dire, contrairement à ce que laissent à penser certaines traductions : non pas : vivez en haut, comme dans les nuages de lendemains qui chantent, mais poursuivez votre route terrestre forts de ce que vous pouvez désormais fonder vos pensées en haut, dans la foi à la résurrection de Jésus.
Vous êtes morts avec Jésus et ressuscités avec lui. Ni cadavre au tombeau, ni nostalgie, dans l’imaginaire d’un passé qui ne reviendra pas.
« Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. » C’est à ce niveau de réalité-là qu’est notre vrai être. Vivre de la source de Pâques, le Christ de la résurrection, pour marcher sur les routes du provisoire.
Que Dieu nous donne aujourd’hui de percevoir la présence du Ressuscité, et d’en concevoir le bonheur qu’ont connu les premiers témoins. Et puisqu’on ne reste pas là où le Christ vivant n’est plus, d’aller vers nos aujourd’hui où nous précède le Ressuscité. Amen.
ALLÉLUIA !
(d’après Grégoire de Naziance, Evêque et Père de l’Église de 329 à 389)
Puisque vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. (Colossiens 3:1)
Le Christ est ressuscité d’entre les morts ;
levez-vous, vous aussi !
Le Christ qui dormait s’éveille ;
éveillez-vous, vous aussi !
Le Christ sort du tombeau ;
libérez-vous des chaînes du péché !
Par le Christ,
vous êtes devenus créature nouvelle ; renouvelez-vous !
C’est la Pâque du Seigneur ;
c’est le temps de la Résurrection
et le commencement de la vraie vie !
Attaché hier à la croix avec le Christ,
aujourd’hui, avec lui, je suis glorifié.
Mourant hier avec lui,
aujourd’hui, avec lui, je reviens à la vie.
Enseveli hier avec lui,
aujourd’hui, avec lui, je ressuscite.
Le Christ, qui est ressuscité des morts,
me renouvelle moi aussi en esprit
et me fait revêtir l’homme nouveau.
R.P.,
Antibes
Dimanche de Pâques, 16 avril 2006
12:50 Ecrit par dans Dimanches & fêtes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
15 avril 2006
Du jeudi au vendredi où...
« Tout est accompli »
Jean 19, 1-30
1 […] Pilate emmena Jésus et le fit fouetter.
2 Les soldats, qui avaient tressé une couronne avec des épines, la lui mirent sur la tête et ils jetèrent sur lui un manteau de pourpre.
3 Ils s’approchaient de lui et disaient: "Salut, le roi des Judéens!" et ils se mirent à lui donner des coups.
4 Pilate retourna à l’extérieur et dit aux Judéens: "Voyez, je vais vous l’amener dehors: vous devez savoir que je ne trouve aucun chef d’accusation contre lui."
5 Jésus vint alors à l’extérieur; il portait la couronne d’épines et le manteau de pourpre. Pilate leur dit: "Voici l’homme!"
6 Mais dès que les grands prêtres et leurs gens le virent, ils se mirent à crier: "Crucifie-le! Crucifie-le!" Pilate leur dit: "Prenez-le vous-mêmes et crucifiez-le; quant à moi, je ne trouve pas de chef d’accusation contre lui."
7 Les Judéens lui répliquèrent: "Nous avons une loi, et selon cette loi il doit mourir parce qu’il s’est fait Fils de Dieu!"
8 Lorsque Pilate entendit ce propos, il fut de plus en plus effrayé.
9 Il regagna la résidence et dit à Jésus: "D’où es-tu, toi?" Mais Jésus ne lui fit aucune réponse.
10 Pilate lui dit alors: "C’est à moi que tu refuses de parler! Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te relâcher comme j’ai le pouvoir de te faire crucifier?"
11 Mais Jésus lui répondit: "Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir s’il ne t’avait été donné d’en haut; et c’est bien pourquoi celui qui m’a livré à toi porte un plus grand péché."
12 Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher, mais les Judéens se mirent à crier et ils disaient: "Si tu le relâchais, tu ne te conduirais pas comme l’ami de César! Car quiconque se fait roi, se déclare contre César."
13 Dès qu’il entendit ces paroles, Pilate fit sortir Jésus et le fit asseoir sur l’estrade, à la place qu’on appelle Lithostrôtos (le Pavé) — en hébreu Gabbatha.
14 C’était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure. Pilate dit aux Judéens: "Voici votre roi!"
15 Mais ils se mirent à crier: "À mort! À mort! Crucifie-le!" Pilate reprit: "Me faut-il crucifier votre roi?" Les grands prêtres répondirent: "Nous n’avons pas d’autre roi que César."
16 C’est alors qu’il le leur livra pour être crucifié.
Ils se saisirent donc de Jésus.
17 Portant lui-même sa croix, Jésus sortit et gagna le lieu dit du Crâne, qu’en hébreu on nomme Golgotha.
18 C’est là qu’ils le crucifièrent ainsi que deux autres, un de chaque côté et, au milieu, Jésus.
19 Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix: il portait cette inscription: "Jésus le Nazôréen, le roi des Judéens."
20 Cet écriteau, bien des Judéens le lurent, car l’endroit où Jésus avait été crucifié était proche de la ville, et le texte était écrit en hébreu, en latin et en grec.
21 Les grands prêtres des Judéens dirent à Pilate: "N’écris pas le roi des Judéens, mais bien cet individu a prétendu qu’il était le roi des Judéens."
22 Pilate répondit: "Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit."
23 Lorsque les soldats eurent achevé de crucifier Jésus, ils prirent ses vêtements et en firent quatre parts, une pour chacun. Restait la tunique: elle était sans couture, tissée d’une seule pièce depuis le haut.
24 Les soldats se dirent entre eux: "Ne la déchirons pas, tirons plutôt au sort à qui elle ira", en sorte que soit accomplie l’Ecriture: Ils se sont partagé mes vêtements, et ma tunique, ils l’ont tirée au sort. Voilà donc ce que firent les soldats.
25 Près de la croix de Jésus se tenaient debout sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas et Marie de Magdala.
26 Voyant ainsi sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère: "Femme, voici ton fils."
27 Il dit ensuite au disciple: "Voici ta mère." Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui.
28 Après quoi, sachant que dès lors tout était achevé, pour que l’Ecriture soit accomplie jusqu’au bout, Jésus dit: "J’ai soif";
29 il y avait là une cruche remplie de vinaigre, on fixa une éponge imbibée de ce vinaigre au bout d’une branche d’hysope et on l’approcha de sa bouche.
30 Dès qu’il eut pris le vinaigre, Jésus dit: "Tout est achevé" et, inclinant la tête, il remit l’esprit.
*
Le texte de l’évangile selon Jean, à l’instar des autres évangiles, nous livre les éléments d’un procès extrêmement embrouillé, aux enjeux extrêmement délicats. Et puisque c’est compliqué, on a pris l’habitude de se simplifier la vie — en dédaignant les éléments que nous donnent les textes. Le texte veut en venir à nous faire comprendre de quelle façon tous les dirigeants se sont ligués pour perdre Jésus. Et comment ils se sont ligués sans vraiment le savoir.
Cela semblant donc bien compliqué au regard du déroulement du procès, on s’est souvent simplifié la vie en s’en tenant à une apparence qui fait croire que Pilate aurait voulu sauver Jésus et que la haine des responsables Judéens aurait tout fait pour convaincre Pilate de n’en rien faire. Ce faisant, on ouvre la porte à l’antisémitisme (ce que l’on a reproché à juste titre à tel film célèbre), et en outre, ne comprend rien à ce que nous dit le texte.
Le texte nous dit que pris dans les rouages de la logique du pouvoir d’un monde soumis au Prince de ce monde, selon les termes de l’évangile de Jean, la mort de Jésus était inéluctable. On est à la croisée des chemins, Jésus est à la croisée des chemins. Jésus et le monde se séparent, un monde dont tous les responsables se liguent nécessairement contre Jésus (affaire politique, affaire d'États, d'où la traduction préférable par Judéens du terme désignant des représentants d'un État, la Judée, et pas d'une religion).
Pilate voudrait sauver Jésus ? Apparemment. Mais regardons-y de plus près. Ou : en quel sens veut-il le « sauver » ? Il commence par le faire fouetter, et il finit par concéder sa crucifixion. Apparemment, donc, en effet, il voudrait le sauver. Caïphe insiste et ses affidés crieront « crucifie » pour lui. On résume donc cela ainsi : haine d’un côté, tentative de calmer cette haine de l’autre.
Cela dit, comment comprendre le rôle de César, dont le nom affleure, dans tout cela ? Comment comprendre aussi une telle indulgence — apparente — de Pilate ; dont on sait par ailleurs la brutalité extrême ?
Deux logiques politiques en fait, qui n’ont pas plus à faire de Jésus l’une que l’autre : la logique de Pilate est plus fine, en quelque sorte, l’enjeu politique, pour le préfet de Rome qu’il est, est pour lui moins immédiat.
Pilate sait que l’homme — voici l’homme — est assez populaire, avec sa réputation de messie. Il sait que sa mise à mort pourrait susciter des troubles — en sa faveur ou en la faveur prochaine du prochain messie similaire. (Ce pourquoi il se lave les mains : comme pour dire « advienne que pourra ». L’Histoire ultérieure lui donnera raison, les émeutes se multiplieront.)
Bref pour Pilate, il faut calmer le peuple pour garantir l’ordre de César, l’ordre romain. Pilate, d’ailleurs, selon Luc, 23:12, convaincra Hérode, politique comme lui, de la justesse de ses vues : « ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent amis, eux qui auparavant étaient ennemis », écrit Luc.
Si Hérode est roi Judéen par délégation romaine, sorte de préfet face juive, où Pilate est le représentant de l’ordre face romaine, pour Caïphe l’enjeu est bien plus direct. Il est le prétendant qui se veut légitime, du pouvoir politico-religieux, l’héritier dynastique hasmonéen — et qui tient son rôle, lui aussi de César. C’est à ce titre dynastique qu’il ne saurait supporter une concurrence populaire dont Pilate n’a que faire, dont Pilate a convaincu Hérode qu’il n’en a que faire non plus. Pour eux, seul l’ordre compte. Pour Caïphe la légitimité dynastique du pouvoir, voire même la légitimité populaire, n’est pas chose indifférente.
Et on va faire valoir la loi, dont la clef de voûte est César. Pour Caïphe comme pour Pilate. Et Caïphe va l’emporter, au nom du légalisme romain, sur le réalisme politique de Pilate. La Loi religieuse, qu’il fait valoir, est en effet reconnue par Rome, et au titre de garant de l’ordre légal promu par Rome, sa voix compte.
Et là, Pilate ne peut aller outre, même s’il sait que la profondeur des troubles populaires est telle qu’il serait sage de la ménager. D’où l’appel de Caïphe à César — sa profession de foi et celle des autres prêtres : « nous n’avons de roi que César » — qui va emporter la décision finale de Pilate et qui va expliquer son mouvement d’humeur contre Caïphe, affiché sur la pancarte au-dessus de la croix : « le roi des Judéens » : il sait que s’il doit bien céder à l’argument de Caïphe, il va par là-même au devant de troubles messianiques futurs pour n’avoir pas réussi à ménager la chèvre et chou. Et Hérode comprendra cela lui aussi.
Deux logiques politiques qui s’affrontent, donc, et dont Jésus, en tout cas à vue humaine, fera les frais, broyé, apparemment dans les rouages de la machinerie politique. Cela à vue humaine, car lui sait bien que lorsque les princes de la terre se liguent avec le Prince de ce monde pour le mettre dehors, c’est l’inverse qui se produit en fait… Comme une étrange réalisation du Ps 2.
Psaume 2 :
1 Pourquoi cette agitation des peuples, ces grondements inutiles des nations?
2 Les rois de la terre s’insurgent et les grands conspirent entre eux, contre le SEIGNEUR et contre son messie:
3 "Brisons leurs liens, rejetons leurs entraves."
4 Il rit, celui qui siège dans les cieux; le Seigneur se moque d’eux.
5 Alors il leur parle avec colère, et sa fureur les épouvante:
6 "Moi, j’ai sacré mon roi sur Sion, ma montagne sainte."
7 Je publierai le décret: le SEIGNEUR m’a dit: "Tu es mon fils; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré.
8 Demande-moi, et je te donne les nations comme patrimoine, en propriété les extrémités de la terre.
[…]
Ce triomphe de Dieu, qui n’est évidement pas d’ordre militaire, s’opère dans l’ironie face à ceux qui se sont soumis au Prince de ce monde et à son représentant, César…
L’évangile tourne alors nos regards des palais des grands, où tout semble se jouer, vers la croix et les humbles scènes, où tout se joue en réalité — au pied de la croix.
*
La royauté de Jésus n'est pas du même type que celle des pouvoirs de ce monde.
Jésus mourra quasiment seul, sa mère, deux autres femmes et un seul disciple au pied de sa croix.
C’est que, de la même façon que les foules, les disciples eux-mêmes ont de la peine à comprendre que Jésus doit mourir crucifié : souvenez-vous quelques jours auparavant ; il leur semble tellement invraisemblable que Dieu veuille que le Messie meure ainsi qu'ils n'arrivent pas à l'entendre même quand Jésus le leur répète de façon explicite. C'est qu'ils attendent un règne, pas une vie brisée, donnée en rançon.
Puisque, lors de l'entrée à Jérusalem, tout le monde s'attend à ce qu'il soit question de pouvoir, de conquête par un moyen ou un autre de la ville sainte. La foule, certes, mais aussi les disciples.
C’est dans ce contexte-là qu’on en était à se demander, parmi eux, nous le savons, qui, dans le prochain gouvernement messianique, serait nommé Premier ministre. Les disciples, eux-mêmes, n'échappent pas non plus à cette façon de voir. Deux d’entre eux, les fils de Zébédée, posaient la question directement, ou la laisser poser par maman : "donne-nous d'être assis l'un à ta droite, l'autre à ta gauche dans ta gloire" (Mc 10:37). On sait qui sera à sa gauche et à sa droite — sur la croix.
On comprend alors pourquoi tous ou presque se dispersent au vendredi saint.
Quant aux foules qui entouraient Jésus entrant dans Jérusalem, leur admiration s'est avérée pour plusieurs n’avoir été que le commencement d'une future persécution.
Peut-être, sans qu’on le sache trop, est-ce là le débouché logique qui visait d’abord à faire de Jésus une idole, en fait manipulable à souhait. Et lorsque ladite idole s'est avérée ne pas se plier aux souhaits de ses adeptes, ne pas se laisser manipuler, n'être, tout simplement, pas l'idole qu'on voulait en faire — être en l'occurrence, venue en chair, la Parole-même de Dieu, qu'on ne capture pas, mais qui scandalise ; c'est alors que la croix est devenue inéluctable.
Car c'est par la croix que s'obtient la gloire, et cela selon le dessein et la volonté de Dieu, et non pas à la façon dont on s'attribue les titres glorieux que convoite un tout autre esprit - et comment cela se pourrait-il : ici il n'est question de gloire que celle de la croix — que par l'humilité.
C'est ainsi que Jésus mettait un enfant au milieu de ses disciples : "si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier et le serviteur de tous". C'est là seulement le chemin de la vraie gloire.
Aujourd’hui les femmes au pied de la Croix, et un disciple, le disciple Bien-Aimé. Ici, on est loin des palais des Pilate et des Caïphe. Mais c’est ici que se joue le sort du monde.
C’est ici la vérité que le monde ne soupçonne pas. Dans cette scène humble, au-delà des grandes choses et des grands projets, trois femmes et un disciple tenus par leur seule affection, ont, en cela, tout compris, ont tout compris sans doute sans le savoir ! Comment savoir ce qui sera dévoilé par la résurrection ? À la fin de tout, l’amour tout simple est la seule connaissance qui compte. Et au pied de la croix, comme sur la croix, c’est cela qui triomphe.
Il y a là, aussi, une leçon sur la liberté : celui qui veut s'exalter lui-même, acquérir de la gloire, devient sans le savoir l'esclave de tous les flatteurs au-dessus desquels il s'imagine s'élever. Apparemment le premier, il est en fait le dernier.
Tandis que le plus méprisé apparemment, celui que nul ne considère, vit dans une parfaite liberté à l'égard de la mare de la flatterie qui préoccupe tant les chercheurs de trônes.
Alors, dans le Christ, qui n'a pas regardé comme une proie la gloire de Dieu qui est sienne dans l'éternité, qui reçoit le plus petit, ici les trois femmes et le disciple de la croix, jugés comme Jésus sans grand intérêt — tout au plus l’intérêt de ses vêtements qu’on partage, — ; ici, qui reçoit le plus petit reçoit le Dieu lui-même présent dans son envoyé, dont on ne perçoit pas assez que la gloire passe par son humiliation apparente, la croix, trop indigne pour qu'on puisse croire qu'elle est le lot du glorieux, du Fils d'éternité. Combien est-il tentant de préférer la gloire du Christ à sa croix ! Mais il n'est de gloire que celle de la croix.
Mais ici, voilà que Pilate l'inconscient fait proclamer cela sans s'en rendre compte. En voulant taquiner les grands prêtres, qui se sont déjà passablement humiliés devant lui, alors qu'ils reconnaissaient avec grandiloquence le pouvoir romain de César, voilà que Pilate, donc, en insistant pour que l'inscription du motif de la condamnation de Jésus ne soit pas modifiée, fait proclamer pour l'éternité, - "ce que j’ai écrit est écrit" - ; Pilate fait proclamer, ô ironie, qu'il a là un supérieur, roi à Jérusalem, successeur de David, c'est-à-dire, selon les prophéties, le Roi de l'univers.
Cela selon ce qu'en outre, pour l'Évangile de Jean, le crucifié est l'agneau immolé, l'agneau sacrifié pour le péché du monde. Et Pilate, qui décidément ne sait pas ce qu'il fait, d'embaucher les grands prêtres pour sacrifier cet agneau-là. L'agneau immolé n'a rien de glorieux ici-bas. Mais la réalité cachée et céleste qui est dévoilée à notre foi dans sa résurrection est que la honte de la croix n'est que la face cachée de sa gloire ; la honte et la faiblesse d'un quotidien grisâtre est la face cachée qui fonde la possibilité des vrais étonnements joyeux.
Or c'est là ce que célèbrent tous les participants de la cour céleste, anges et archanges. Ils célèbrent l'Agneau immolé ; celui qui par cette immolation a été jugé digne de recevoir gloire honneur et puissance, au vu de tous les Anges, de toutes les Principautés et Puissances célestes.
Là nous est dévoilée une réalité cachée. Etre selon l'illusion visible dans la honte du Christ, au pied de sa croix, est être selon la vérité céleste dans la gloire du Ressuscité : heureux ceux qui le savent et qui désormais participent aux louanges que les êtres célestes adressent à l'Agneau, la louange en esprit et en vérité.
La question que nous pose ce dévoilement de la gloire du Christ est celle de notre participation au secret du Christ, à la vie cachée du Christ ici-bas. Être avec le Christ dans l'humilité de son secret à même de bouleverser notre quotidien, d'y vivre déjà dans une véritable louange l'honneur et la joie de la cour céleste, ou vivre dans l'illusion des paroles trompeuses des oppresseurs qui cherchaient à mettre le Christ sous leur botte, l’abreuvant d’amertume au moment-même de sa mort ?
Serons-nous de ceux qui ne savent pas voir la vérité de l'image de Dieu dévoilée par le Christ sur le visage de nos prochains ? Être sa mère, ou auprès d’elle son frère, sa sœur. Serons-nous de ceux qui dépassent les apparences, ce que le monde méprise, pour vivre du dévoilement du Royaume éternel ?
C'est là le fondement d'une vraie louange, semblable à celle des êtres célestes : la louange en esprit et en vérité. Ici, « "Tout est achevé" et, inclinant la tête, Jésus remit l’esprit ».
*
Prière (avec Bernard de Clairvaux) :
Seigneur Jésus, admirable est ta Passion !
Elle a mis en fuite nos passions, expié nos iniquités,car elle n’est inefficace pour aucune de nos maladies.
En est-il une, Seigneur, qui ne soit guérie par ta mort ?
Dans la Passion se révèle en premier lieu la patience du Sauveur.
Patience sans égale !
Lorsque les pécheurs frappaient sur son dos,
lorsqu’il était étendu sur la croix,
qu’on pouvait compter tous ses os,
lorsque furent percés ses mains et ses pieds,
comme la brebis devant celui qui la tond,
il n’a pas ouvert la bouche.
Il n’a murmuré ni contre son Père par qui il avait été envoyé,
ni contre le genre humain, dont, innocent, il expiait les rapines,
ni contre les siens, chacun de nous,
sachant si mal répondre à de si grands bienfaits.
D’autres ont souffert avec humilité et patience pour leurs propres fautes.
Comment ne pas juger supérieure à toutes la patience du Christ,
lui qui est frappé de la mort la plus cruelle, comme un voleur,
par ceux-là même qu’il venait sauver,
alors qu’il n’avait absolument aucun péché…
mais qu’en lui c’était Dieu qui se réconciliait le monde,
en lui qui est plein de grâce et de vérité…
Et c’est à cause du trop grand amour dont Dieu nous a aimés
que, pour racheter l’esclave,
le Père n’a pas épargné son Fils,
et le Fils ne s’est pas épargné lui-même.
“Personne n’a un plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ses amis”.
Le tien, Seigneur, a été plus grand encore ;
tu as donné ta vie pour ceux qui étaient tes ennemis.
Nous étions tes ennemis lorsque ta mort nous a réconciliés avec toi
et avec ton Père.
Frères et soeurs, quel amour existe-t-il, ou a jamais existé ou existera,
pareil à cet amour ?
Si mourir est une grande faiblesse,
mourir ainsi par amour est une force immense.
Car ce qui est faible en Dieu est plus fort que les hommes…
D’après Bernard de Clairvaux (1090-1153), in : “Sermon 4 pour la Semaine Sainte” (cf. Pain de Cîteaux 31 ; traduction de A. Lemaire, p. 211-212).
R.P.,
Jeudi 13 et vendredi 14 avril 2006
Vence — Antibes
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02 avril 2006
À la croix…
ÉLEVÉ DE LA TERRE

Jean 12, 20-33
20 Il y avait quelques Grecs qui étaient montés pour adorer à l’occasion de la fête.
21 Ils s’adressèrent à Philippe qui était de Bethsaïda de Galilée et ils lui firent cette demande : "Seigneur, nous voudrions voir Jésus."
22 Philippe alla le dire à André, et ensemble ils le dirent à Jésus.
23 Jésus leur répondit en ces termes : "Elle est venue, l’heure où le Fils de l’homme doit être glorifié.
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance.
25 Celui qui aime sa vie la perd, et celui qui cesse de s’y attacher en ce monde la gardera pour la vie éternelle.
26 Si quelqu’un veut me servir, qu’il se mette à ma suite, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, le Père l’honorera.
27 "Maintenant mon âme est troublée, et que dirai-je ? Père, sauve-moi de cette heure ? Mais c’est précisément pour cette heure que je suis venu.
28 Père, glorifie ton nom." Alors, une voix vint du ciel : "Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore."
29 La foule qui se trouvait là et qui avait entendu disait que c’était le tonnerre; d’autres disaient qu’un ange lui avait parlé.
30 Jésus reprit la parole : "Ce n’est pas pour moi que cette voix a retenti, mais bien pour vous.
31 C’est maintenant le jugement de ce monde, maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors.
32 Pour moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes."
33 — Par ces paroles il indiquait de quelle mort il allait mourir.
*
Qui est mis dehors quand Jésus est crucifié ? Si on vous pose la question, prenez garde à ne pas répondre comme ses bourreaux ! Eux ont donné la réponse : Jésus évidemment ! Ici, on a chassé « l’hérétique », celui qui dérangeait ; bref, quelque nom qu’on lui donne, on a chassé l’indésirable. On le jette dehors. Et cela n’a pas cessé d’être vrai !
Étrange. Jésus, lui, répond l’inverse ! On l’a entendu : celui qui est jeté dehors est le Prince de ce monde. On sait que c’est là un titre du diable dans l’Évangile selon Jean. Et ce titre n’est pas donné par hasard : c’est que selon Jean et selon d’autres livres du Nouveau Testament, le diable est celui qui dirige les choses, en tout cas provisoirement. Et cela n’a pas cessé d’être vrai :
Vous avez entendu parler ces derniers temps d’Abdul Rahman, cet Afghan condamné à mort pour avoir embrassé la foi du Christ. Combien d’Abdul Rahman dans le monde depuis Jésus ?
Si l’on sait que ce sont des pouvoirs humains qui ont fait crucifier Jésus, c’est aussi que le Prince de ce monde, est, comme le titre l’indique, derrière les dirigeants de ce monde, les princes de ce monde. Derrière eux, se cache à tous coups un ange au moins ambigu, sinon carrément mauvais. De toute façon, à sa place dans une hiérarchie diabolique. Au sommet, le diable.
En d’autres termes — et au plan visible si l’on veut — plus on monte dans les hiérarchies de ce monde, plus on se rapproche du pouvoir et de sa gloire ; et plus on se rapproche, non pas de Dieu, mais du diable !
Et, Prince de ce monde, il entend éliminer toute opposition ! Revenons, pour illustrer cela, à Abdul Rahman, condamné à mort. Qu’ont fait les nations, en signe de ce qu’elles sont bien soumises au Prince de ce monde ? Je ne parle pas que de l’Afghanistan. Les autres ont-elles fait bonne figure ? Les plus puissantes de nos nations n’ont obtenu le salut d’Abdul Rahman que pour avoir été contraintes de protester suite à la médiatisation de l’affaire, et non sans qu’on l’ait vu au passage soupçonné d’être fou ! (Nous voilà donc, ici dans ce temple, tous fous !) Et je parle là de ce qu’ont obtenu les nations qui ont osé protester officiellement. Je ne parle pas de celles, qui sont simplement restées dans le silence. Et combien d’Abdul Rahman dans le monde depuis deux mille ans ?
Eh bien, au jour où le Christ parle, il va s’agir pour lui d’affronter le maître, le Prince. Et voilà que toute la hiérarchie du monde d’alors, soumise à son Prince — avec le représentant de César, Pilate, au haut de sa face visible — représentant la raison d’État —, et au plan religieux le pontife suprême, Caïphe — représentant… la raison religieuse, disons, ou la religiosité réaliste ; voilà que toute cette hiérarchie dont le chef est le diable, s’est mise en devoir de jeter dehors celui qui dérange ce bel ordonnancement, qui fait grincer les rouages bien huilés de cette hiérarchie : Jésus.
Eh bien, ils ne savent pas ce qu’ils font, ils se savent pas qui il est. Et lorsque Jésus est crucifié, c’est leur chef qui est en fait jeté dehors, le diable. Crucifier Jésus, c’était de sa part, de leur part, l’erreur à ne pas commettre. C’est lui, le diable, et donc ses suppôts avec lui, qui sont jetés dehors à ce moment-là. Et c’est Jésus qui, élevé de la terre, est glorifié — dans un vocabulaire qui évoque la transfiguration des autres évangiles, Matthieu, Marc, Luc.
Admettons que lorsque Jésus tient de tels propos : « le Prince de ce monde va être jeté dehors », il y a de quoi le prendre pour un illuminé. C’est lui, que l’on sache, qui est rejeté, lui seul, contre le monde entier. Le voilà donc qui prétend avoir raison tout seul contre tous ! Eh bien oui, c’est bien cela qui est la vérité ! Il a raison tout seul.
Les autres, la raison du plus fort, raison du pouvoir, les a aveuglés — selon cette parole du Talmud : « quand un méchant persécute un juste, Dieu est du côté du juste contre le méchant, quand un méchant persécute un méchant, Dieu est du côté du méchant persécuté contre le méchant persécuteur, quand un juste persécute un méchant, Dieu est du côté du méchant persécuté contre le juste persécuteur ».
Et bientôt tout le monde va le voir. Sur cette croix, lui, le Juste, le Juste par excellence, est élevé de la terre. Élevé au sens le plus fort du terme, élevé au point que tout homme, jusqu’aux extrémités du monde, va le voir. Élevé, en fait, dans la gloire qui est la sienne auprès de Dieu avant même que le monde ne soit.
*
Un signe, pour Jésus, que son jour approche : des Grecs veulent le voir. Ils vont le voir, élevé dans la gloire. Ces Grecs, qui sont en fait des Judéens de la diaspora, viennent de loin. Ils viennent au Temple, pour la Pâque. Et ils veulent voir Jésus, qui annonçait son corps ressuscité comme Temple du Royaume qui vient.
Ils veulent voir Jésus, ils vont bientôt le voir : dès lors, il le sait, son heure approche. Ils vont le voir, élevé à la croix, élevé à la gloire, d’où il va attirer tous les hommes à lui, depuis les extrémités de la Terre.
Ses ennemis, au moment où ils plantent les clous dans ses mains et ses pieds, croient le ficher définitivement au bois, ils croient ne commettre qu’une crucifixion de plus — un Abdul Rahman de plus. Ils sont en fait devenus les instruments de Dieu qui élève son Fils à la gloire, qui glorifie celui qui porte son Nom : « mon Nom, je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. »
Et ainsi, mis à mort comme le grain qui tombe en terre, il va porter le fruit de la promesse faite à Abraham jusqu’aux extrémités de la Terre. Alors s’accomplit le jugement de ce monde. Condamné avec son Prince qui est jeté dehors. Du haut de cette croix, le monde nouveau se met en place. Le crucifié est couronné de la sorte roi d’un Royaume qui n’est pas ce monde ; mais qui est le seul Royaume qui se passera pas.
*
La question est alors celle de notre entrée dans ce Royaume. Et Jésus en indique le chemin en réponse à ses disciples venus lui annoncer la demande des Grecs : « Celui qui aime sa vie la perd, et celui qui cesse de s’y attacher en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut me servir, qu’il se mette à ma suite, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, le Père l’honorera. »
Être sur la croix avec lui, dans sa gloire. Je suis le chemin, dira-t-il plus tard. Élevé par sa mort. Le suivre, pour être avec lui plutôt qu’avec le monde de ses ennemis, c’est faire fi des glorioles de ce monde. C’est faire fi des vanités qui passent. C’est renoncer à donner sens à sa propre vie.
Ma vie ne prend sens que du non-sens de sa crucifixion/élévation. Il n’y a de gloire qui tienne que celle-là. Servir, le servir, est le seul honneur qui vaille. Lui le sait : c’est pour vous qu’a retenti cette voix du ciel : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. »
Cela semble coûter, comme cela a coûté à Jésus : « Maintenant mon âme est troublée, et que dirai-je ? Père, sauve-moi de cette heure ? Mais c’est précisément pour cette heure que je suis venu. » En fait, cela coûte tout : « Celui qui aime sa vie la perd. » Mais la vie éternelle, dès aujourd’hui, est à ce prix : tout.
Voilà la réponse à la question des Grecs, à notre question. (puisque nous sommes ici ce matin, pour rencontrer Jésus, ou sinon, pour quoi ?) Vous voulez me voir ? Mais on ne me voit que dans mon élévation, à la gloire, à la croix. On ne me voit que là, on ne me rejoint que là. Vous voulez me voir ? Soit, mais cela vous coûtera tout ! « Celui qui aime sa vie la perd, et celui qui cesse de s’y attacher en ce monde la gardera pour la vie éternelle. »
*
Voilà le jugement. Voilà la croisée des chemins où nous sommes placés. Être jeté dehors avec le prince de ce monde, perdre sa vie pour vouloir s’y cramponner ; ou entrer dès aujourd’hui dans la vie éternelle, pour prix de l’abandon de notre propre vie au Christ.
Alors, qui est mis dehors quand Jésus est crucifié ? Les bourreaux ont cru que c’était Jésus. Lui, nous a montré à quel point c’était l’inverse. Ici, il n’y a pas de neutralité possible. Il n’y a pas de simples observateurs. Mais une alternative. La seule vraie alternative, au fond, de l’Histoire du monde. Avec le Christ sur la croix, dans la gloire ; ou dans la vanité, la gloire de ce monde qui passe, et qui est passé définitivement ce jour-là.
Telle est la croisée des chemins où nous place Jésus aujourd’hui.
R.P.
14:35 Ecrit par dans Dimanches & fêtes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27 mars 2006
Élévation
LUMIÈRE ET TÉNÈBRES
Éphésiens 2, 4-10
4 […] Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés,
5 alors que nous étions morts à cause de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ - c’est par grâce que vous êtes sauvés,
6 avec lui, il nous a ressuscités et fait asseoir dans les cieux, en Jésus Christ.
7 Ainsi, par sa bonté pour nous en Jésus Christ, il a voulu montrer dans les siècles à venir l’incomparable richesse de sa grâce.
8 C’est par la grâce, en effet, que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi; vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu.
9 Cela ne vient pas des œuvres, afin que nul n’en tire orgueil.
10 Car c’est lui qui nous a faits ; nous avons été créés en Jésus Christ pour les œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance afin que nous nous y engagions.
Jean 3, 14-21
14 […] Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l’homme soit élevé
15 afin que quiconque croit ait, en lui, la vie éternelle.
16 Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.
17 Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.
18 Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
19 Et le jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré l’obscurité à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
20 En effet, quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de crainte que ses œuvres ne soient démasquées.
21 Celui qui fait la vérité vient à la lumière pour que ses œuvres soient manifestées, elles qui ont été accomplies en Dieu."
*
Un monde dans les ténèbres. (Souvenons-nous que ce passage s’inscrit dans le dialogue nocturne de Nicodème avec Jésus — et Nicodème pouvait-il venir autrement que de nuit, puisqu’il n’y a rien d’autre que la nuit ?) Un monde qui a perdu la mémoire de la lumière originelle.
Puis vient la manifestation de la lumière dans le Christ élevé comme le serpent (héb. : brillant). Dévoilé dans son élévation comme le Fils de l’Homme qui est dans les cieux, descendu du ciel où nul n’est monté, sinon celui qui en est descendu pour apporter la lumière, lui. Élévation, la croix est la sortie des ténèbres.
Le don de Dieu est la plongée de son Fils dans les ténèbres, où, par amour pour ce monde enténébré, il prend la sombre figure du serpent ; ténèbres d’où il sortira par son élévation, la croix. Pour en faire sortir le monde avec lui ; ce monde qui ne peut pas en sortir par lui-même.
Le salut du monde est alors la sortie des ténèbres par la grâce, via la confiance, la foi, en ce qu’est le Fils : celui qui vient d’en Haut. Une naissance d’en Haut.
Il n’est pas besoin d’autre jugement que celui qui a déjà eu lieu : être dans les ténèbres, puis y rester pour n’être né qu’une fois, n’être né qu’à ces ténèbres.
Mais dans le Christ élevé de la terre, le jugement, en quelque sorte, s’inverse, devient délivrance par la venue à la lumière, la naissance à la lumière pour la manifestation des œuvres de Dieu, accomplies en Dieu (cf. Ép 2, 10).
« C’est par la grâce, en effet, que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu » (Ép 2, 8).
C’est au fond tout l’Évangile qui est dit en ces deux points : « sauvés par la grâce, par le moyen de la foi ». Le ch. 3 de l’Évangile de Jean développe dans un dialogue imagé de Jésus avec un homme à la piété exemplaire, Nicodème, ces deux volets de l’Évangile.
Le premier volet, la question de la grâce, est donné dans l’image de la nouvelle naissance qui précède le passage que nous venons de lire. Avec pour chute le v. 8 : « Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. »
Bref, la naissance d’en Haut, c’est comme la naissance tout court, on n’y peut rien. Le souffle de Dieu dont on ne connaît pas les voies en est la source. La grâce. On n’y peut rien.
Puis, second volet, notre texte d’aujourd’hui : la foi, que suscite la grâce et qui en reçoit le don. À peu près autant mystérieux, avec ce passage au jour toutefois : la grâce, on n’en conçoit rien, la foi on en est conscient : on sait que l’on croit. À part cela, donc, on ne peut pas en dire grand-chose — si ce n’est qu’elle nous prive de la maîtrise du salut.
Et Jésus illustre cela par l’évocation de l’épisode biblique du serpent d’airain, ce serpent que Moïse avait fait forger pour que quiconque le regarde après avoir été mordu par les serpents du désert, fût guéri.
Il en est de même de la crucifixion du Christ : une élévation sur une perche similaire à l’élévation sur une perche du serpent d’airain de Moïse de sorte que quiconque lève son regard vers lui, croit en lui, ait la vie éternelle, soit sauvé d’une mort aussi certaine que celle qui suit la morsure d’un serpent venimeux : notre destin — « personne ne sortira d’ici vivant », pour le dire comme le poète Jim Morrison.
Mais quiconque croit en lui, le pendu élevé de la terre, a la vie éternelle de la même façon que quiconque regardait le serpent de Moïse était guéri des morsures des serpents venimeux.
Rien à comprendre, à croire seulement. Et nous voilà à notre verset que la Déclaration de foi de l’Église Réformée de France reconnaît comme « la révélation centrale de l’Évangile » : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ».
Tout est dit dans ces quelques mots — mais qu’est-ce qui est dit, en l’occurrence ?
Les quelques versets qui suivent nous éclairent quelque peu, si c’est possible. Il est question d’extraction des ténèbres vers la lumière. Et c’est certainement là l’image — j’allais dire la plus lumineuse, qui nous soit proposée du salut dont il est question.
Car le verset 16 pourrait aussi nous plonger dans la perplexité. Les prédicateurs qui se sont penchés sur ce texte depuis des siècles ont remarqué la difficulté suivante : « Dieu a aimé le monde ». Selon l’usage que fait l’Évangile de Jean du mot « monde » il pourrait y avoir là quelque chose de contradictoire.
Voilà qui peut nous mettre la puce à l’oreille : contradictoire : si c’était donc la clef ?
Dans l’Évangile de Jean, « le monde » — cosmos — est une notion le plus souvent négative. C’est ce qui est illusoire, vain, superficiel. Un faux arrangement pour lequel Jésus ne prie pas lorsqu’il remet les siens à Dieu dans son discours d’adieu (Jn 14-17).
Et voilà que Dieu l’a tellement aimé, le monde, « qu’il a donné son Fils unique » ! — « pour que le monde soit sauvé par lui ». Il l’a donc chéri infiniment, il lui a été infiniment cher, le monde. Et ce « chérissement » est pour son extraction vers la lumière.
Où l’on retrouve et la Genèse et son… commentaire par le Prologue de ce même Évangile de Jean. Où le monde advient comme création de Dieu dans la lumière de Dieu qui le fait sortir du chaos et des ténèbres.
Quel est donc l’acte de foi qui reçoit la grâce de Dieu donnée en plénitude dans le signe du don de son Fils ? C’est tout simplement le regard qui du cœur des ténèbres, du chaos, du péché et de la culpabilité, de la souffrance, bref : de l’exil loin de Dieu — se tourne vers la lumière sans crainte, comme les pères au désert mordus par les serpents se tournaient vers le serpent d’airain dressé dans la lumière.
Tel est l’acte de foi en la lumière. Au-delà de toute crainte qui préfèrerait rester plongée dans les ténèbres et le chaos, les œuvres mauvaises déjà absorbées par la mort — se tourner sans crainte vers celui de qui rayonne la lumière éternelle par lequel le monde vient à son salut, vers celui qui, pendu au bois, élevé de la terre la fait resplendir en plénitude, en vie éternelle. La foi seule. La plénitude de la grâce y est donnée.
R.P.
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25 mars 2006
N’allez pas croire...
"N’allez pas croire que
je sois venu abrogerla Loi ou les Prophètes"
Mt 5:17-19
17 « N’allez pas croire que je sois venu abroger la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu abroger, mais accomplir.
18 Car, en vérité je vous le déclare, avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l’i ne passera de la loi, que tout ne soit arrivé.
19 Dès lors celui qui transgressera un seul de ces plus petits commandements et enseignera aux hommes à faire de même sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux ; au contraire, celui qui les mettra en pratique et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le Royaume des cieux. »
*
[...] "Monsieur Seguin n'avait jamais eu de bonheur avec ses chèvres.
"Il les perdait toutes de la même façon ; un beau matin, elles cassaient leur corde, s'en allaient dans la montagne, et là-haut, le loup les mangeait. Ni les caresses de leur maître, ni la peur du loup, rien ne les retenait. C'étaient, paraît-il, des chèvres indépendantes, voulant à tout prix le grand air et la liberté.
"Le brave Monsieur Seguin, qui ne comprenait rien au caractère de ses bêtes, était consterné. Il disait :
"'C'est fini ; les chèvres s'ennuient chez moi, je n'en garderai pas une.'
"Cependant, il ne se découragea pas, et, après avoir perdu six chèvres de la même manière, il en acheta une septième...
[...] "Monsieur Seguin avait derrière sa maison un clos entouré d'aubépines. C'est là qu'il mit la nouvelle pensionnaire. Il l'attacha à un pieu au plus bel endroit du pré [...].
La chèvre se trouvait heureuse et broutait l'herbe de si bon cœur que Monsieur Seguin était ravi.
"'Enfin, pensait le pauvre homme, en voilà une qui ne s'ennuiera pas chez moi !'
"Monsieur Seguin se trompait, sa chèvre s'ennuya.
*
« Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens "tu ne commettras pas de meurtre..." Mais moi je vous dis : quiconque se met en colère contre son frère sera passible du jugement » (Mt 5:21-22). Si la Loi n'est jamais qu'un enclos et qu'un pieu avec une corde, le désir d'autre chose finira par la ronger, et par sauter au-dessus de l'enclos. Cela est vrai aussi pour les autres commandements auxquels renvoie Jésus : la convoitise pour ce qui n’est pas nôtre, le mensonge pour le serment, la haine et la vengeance contre l'amour du prochain.
*
"Un jour, [la petite chèvre] se dit en regardant la montagne :
"'Comme on doit être bien là-haut ! Quel plaisir de gambader dans la bruyère sans cette maudite [corde] qui vous écorche le cou !... C'est bon pour l'âne ou le bœuf de brouter dans un clos !... Les chèvres, il leur faut du large.'
"À partir de ce moment, l'herbe du clos lui parut fade. L'ennui lui vint. Elle maigrit, son lait se fit rare [...]
"Monsieur Seguin s'apercevait bien que sa chèvre avait quelque chose, mais il ne savait pas ce que c'était... Un matin, comme il achevait de la traire, la chèvre se retourna et lui dit dans son [langage] :
"'Écoutez, monsieur Seguin, je me languis chez vous, laissez-moi aller dans la montagne.
"- Ah ! [...] Elle aussi !' cria Monsieur Seguin stupéfait...
"'Comment Blanquette, tu veux me quitter !'
"Et Blanquette répondit :
"'Oui, Monsieur Seguin.
"- Est-ce que l'herbe te manque ici ?
"- Oh ! non, Monsieur Seguin.
"- Tu es peut-être attachée de trop court. Veux-tu que j'allonge la corde ?
"- Ce n'est pas la peine, monsieur Seguin.
"- Alors qu'est-ce qu'il te faut ? Qu’est-ce que tu veux ?
"- Je veux aller dans la montagne, monsieur Seguin.
"- Mais malheureuse, tu ne sais pas qu'il y a le loup dans la montagne... Que feras-tu quand il viendra ?...
"- Je lui donnerai des coups de corne, monsieur Seguin.
"- Le loup se moque bien de tes cornes. Il a mangé des biques autrement encornées que toi [...]
"- [...] Ca ne fait rien, monsieur Seguin, laissez-moi aller dans la montagne.
"- [...] Eh bien, non... Je te sauverai malgré toi...'
"Là-dessus Monsieur Seguin emporte la chèvre dans une étable toute noire, dont il ferma la porte à double tour. Malheureusement, il avait oublié la fenêtre, et à peine eut-il le dos tourné, que la petite s'en alla..."
*
Si la Loi n'est qu'une sombre étable pour nous garder prisonniers, il y aura toujours une fenêtre, par où nous laisser échapper nos frustrations.
*
"Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un ravissement général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu d'aussi joli. On la reçut comme une petite reine. [...] Toute la montagne lui fit fête.
"La chèvre blanche, à moitié saoule, se vautrait là-dedans [...,] roulait le long des talus [...].
"Elle franchissait d'un saut de grands torrents qui l'éclaboussaient au passage [...]. Alors toute ruisselante, elle allait s'étendre sur quelque roche plate et se faisait sécher par le soleil... Une fois, s'avançant au bord du plateau [...], elle aperçut en bas, tout en bas dans la plaine, la maison de Monsieur Seguin avec le clos derrière. Cela la fit rire aux larmes.
"'Que c'est petit ! dit-elle ; comment ai-je pu tenir là-dedans ?'
"Pauvrette ! de se voir aussi haut perchée, elle se croyait au moins aussi grande que le monde...
"En somme, ce fut une bonne journée pour la chèvre de Monsieur Seguin [...].
"Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette ; c'était le soir...
"'Déjà !' dit la petite chèvre, et elle s'arrêta fort étonnée.
"[...] Elle écouta les clochettes d'un troupeau qu'on ramenait, et se sentit l'âme toute triste... [...] puis ce fut un hurlement dans la montagne :
[...] "Elle pensa au loup, de tout le jour la folle n'y avait pas pensé... Au même moment une trompe sonna bien loin dans la vallée. C'était ce bon M. Seguin qui tentait un dernier effort.
[...] "Blanquette eut envie de revenir ; mais en se rappelant le pieu, la corde, la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus se faire à cette vie, et qu'il valait mieux rester.
"La trompe ne sonnait plus...
*
"Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes. Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir" (Mt 5:17). "Je serre ta promesse dans mon cœur afin de ne pas pécher contre toi" (Ps 119:11).
Celui qui ne se contente pas de la forme de son enclos, et de la raideur de son pieu et de sa corde, mais pour lequel la Loi et les Prophètes, secrètement, deviennent structure intime de son être intérieur ; celui-là est en passe d'être accompli ; celui-là, ne sera pas tenté de rompre une loi-carcan pour se retrouver désarmé dans le monde, mais armé du bouclier de la foi et de l'épée de l'Esprit (Ep 5:16-17), il n'aura pas à craindre la montagne.
D'après A. Daudet,
R.P.
25.03.06, Antibes, KT
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08 mars 2006
JMP 2006
... à Antibes avec
les femmes d’Afrique du Sud
La Journée mondiale de prière (JMP) est célébrée dans plus de 170 pays. La JMP est un mouvement de femmes chrétiennes laïques engagées à l'étendre sur toute la terre. Elle est le plus grand et le plus ancien mouvement oecuménique de prière. Les textes de prière (la liturgie) sont rédigés chaque année par des femmes d'un pays différent, ce qui est une de ses particularités. Des femmes de diverses provenances et de différentes Eglises d'Afrique du Sud ont écrit la liturgie de 2006 sous le titre "Signes des temps"… (suite…)
Le thème "Signes des temps" est tiré de Matthieu 16, 1-8. Les rédactrices de la liturgie nous appellent à reconnaître avec elles les signes des temps actuels et à les interpréter. Dans l'image ci-dessus, l'artiste sud-africaine Estelle Roos a transposé ses impressions du texte de Luc 21, 5-19. Différents signes symbolisent ce qui perturbe la vie. La feuille trilobée de l'arbre de vie est le signe de notre espérance en Christ.
Journée Mondiale de Prière -
-> rencontre 2006 Antibes-Juan-les-Pins
-> Prédication de Martine-Blanche Yéble Oga-Poupin
Paroisse - Église réformée de France
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